Niqab « sanitaire » ou masque « islamique » : l’Europe se tâte, par Modeste Schwartz

Niqab « sanitaire » ou masque « islamique » : l’Europe se tâte, par Modeste Schwartz


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Pendant que la police autrichienne, lassée de punir le non-port du masque « sanitaire », s’apprête à en pénaliser le port, en France l’Education nationale, à la faveur d’un énième sondage syndical, réveille le serpent de mer du voile « islamique » : deux tâtonnements dont l’identité profonde, curieusement, échappe à beaucoup d’observateurs.


Pourtant, dans les deux cas, il s’agit des signes extérieurs d’une religiosité néologique, qui se réclame frauduleusement d’une religion de l’ancien monde.

Dans un cas, c’est la Nouvelle Normalité hygiéniste et vaccinaliste, qui prétend découler de la « science médicale » – laquelle, pendant les siècles qui ont précédé mars 2020, n’a pourtant jamais prétendu que se coller un kleenex sur la gueule protégerait qui que ce soit de quoi que ce soit.

Dans l’autre, c’est cet islam rigoriste des temps modernes (représenté en premier lieu par la franc-maçonnerie des Frères musulmans), qui cherche à promouvoir une coutume ethnique – le niqab, occultant le visage –, comme si elle avait une assise coranique – à l’instar du simple fichu : le hijab, que les sociétés islamiques ont en commun avec la plupart des sociétés traditionnelles, y compris chrétiennes.

Autriche démasquée, France voilée, Europe désorientée

Face à ces religiosités, dans les deux cas, on trouve – de la police autrichienne à l’Education nationale française – une institution autoritaire et universaliste, héritée du monde de l’État-nation (ce que j’ai appelé « 3e Occident »), et qui cherche donc spontanément à édicter une règle universelle, alors même que la société culturellement homogène à laquelle une telle règle pourrait s’appliquer n’existe plus – existe même, à vrai dire, de moins en moins.

Car, sauf à sombrer dans le déni, il faut le dire : de même que les hypocondriaques (quoique plus discrètement que depuis 2020) ont toujours vécu parmi nous, l’Islam est la conviction religieuse d’habitants du sol européen (Bosnie) et français (« gaulois » convertis) aux racines ethniques localement plus anciennes que celles d’Éric Zemmour. On « ne se débarrassera » ni des uns, ni des autres.

Au-delà des illusions de l’autochtonie homogène et de la « réconciliation nationale » avec les criminels du covidisme, il va donc falloir choisir, en réalité, entre la conservation de ces mammouths étatiques totalitaires, inadaptés à leur époque, et l’adoption d’un contrat social – et culturel ! – rendant possible la coexistence des communautés réellement existantes.


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