On nous annonce la paix avec l'Iran. Le Premier ministre du Pakistan l'a dite le premier, samedi, comme on apporte une bonne nouvelle qui n'est pas tout à fait la sienne. Washington et Téhéran auraient arrêté leurs armes ; le mémorandum se signera vendredi à Genève ; le détroit d'Ormuz, fermé depuis la fin décembre, rouvrira ses eaux au commerce du monde.
Voilà pour le communiqué. Il a la sécheresse des dépêches et la rondeur des choses convenues. On voudrait y lire la fin d'une guerre. Il faut pourtant la relire deux fois avant d'y croire.
Car cette paix a une singularité qui devrait retenir l'attention : elle se conclut entre deux puissances dont l'une n'a pas tiré le premier coup, et sans celle qui l'a tiré. L'Amérique signe. L'Iran signe. Israël, qui a ouvert le feu, qui a frappé, qui a tué jusqu'au Guide suprême dans ses abris, n'est pas à la table. Monsieur Netanyahou l'a répété il y a quelques jours, avec une franchise qui vaut avertissement : son pays n'est pas partie à l'accord, et ses objectifs de guerre ne sont pas atteints. On a connu des armistices boiteux. On en a rarement vu qui laissaient le principal belligérant sur le quai, libre de ses mouvements et fidèle à ses buts.
Il faut peser les mots, puisque tout est dans les mots. Ce que Genève va consacrer n'est pas un traité de paix entre l'Iran et son adversaire. C'est un arrangement commercial et stratégique entre une grande puissance lasse de la fermeture d'un détroit et une moyenne puissance épuisée par cinq mois de coups. L'objet réel de l'accord, derrière la solennité genevoise, tient en une phrase : le pétrole repassera par Ormuz. Le reste — la dignité des peuples, l'avenir de la région, la question nucléaire — relève de l'accessoire négociable. On signe la circulation des navires. On ajourne la paix des âmes.