Par Thibault de Varenne
Quatre cents millions de dollars par an. C'est ce que TotalEnergies tire, de l'aveu de son propre président, de la vente du gaz naturel liquéfié de Yamal, le mégaprojet sibérien dont le groupe détient 20 % — sans compter les dividendes de sa participation dans Novatek, la maison mère russe.
Et c'est ce que le vingt et unième paquet de sanctions européennes, arrêté le 23 juillet, vient de mettre à l'abri. Le Financial Times l'a établi le 28 juillet : Total pourra continuer de vendre le gaz russe de Yamal à ses clients d'Asie, par dérogation.
Il faut raconter comment l'on en arrive là, car le chemin instruit davantage que la destination.
Le dix-neuvième paquet avait fixé la date : au 1er janvier 2027, plus d'importations de GNL russe dans l'Union au titre des contrats de long terme. Voilà pour la fermeté. Le vingtième, en avril, avait réglé une difficulté plus intime : en rompant ses engagements, Total s'exposait aux réclamations financières de ses partenaires russes ; on lui a accordé une protection juridique. Voilà pour la prudence. Restait la question des cargaisons devenues invendables en Europe. Bruxelles avait tranché en octobre : interdiction, pour les entreprises européennes, de commercer du GNL russe où que ce fût dans le monde. C'était cohérent.
La cohérence a duré neuf mois. Le 23 juillet, elle a été défaite — et il faut dire par quoi. La Grèce a exigé ce revirement comme prix de son consentement à d'autres mesures contre Moscou, sans rapport avec le gaz : son armateur Dynagas vit des rotations de méthaniers brise-glace qui enlèvent le gaz de Yamal. L'exemption est