Dans les hôpitaux parisiens, des patients psychiatriques attendent des jours sur des brancards, des chaises ou même à même le sol. La Contrôleure générale des lieux de privation de liberté (CGLPL), autorité indépendante de l’État, vient de qualifier ces situations de « dysfonctionnements graves » et de dénoncer des atteintes aux droits fondamentaux.
Dans des « recommandations en urgence » publiées au Journal officiel le 10 septembre, la Contrôleure générale des lieux de privation de liberté (CGLPL) dénonce des « dysfonctionnements graves » dans les urgences psychiatriques de sept hôpitaux d’Île-de-France, visités du 6 au 10 juillet 2026. Le tableau est celui d’un service public qui a cessé de soigner.
Des patients bloqués pendant des jours
Lors de visites effectuées du 6 au 10 juillet 2026 dans plusieurs établissements — notamment Cochin, Robert-Debré, Necker, Pitié-Salpêtrière, Sainte-Anne, Delafontaine et Henri-Mondor ;le CGLPL a constaté des attentes prolongées dans des conditions qualifiées d’indignes. Certains patients restent plusieurs jours aux urgences, parfois sur des brancards ou des chaises, jusqu’à devoir dormir dans les couloirs.

Le problème n’est pas seulement matériel, le CGLPL relève également des « rétentions arbitraires », des mesures de contention dépourvues de cadre légal et la présence de mineurs hospitalisés avec des adultes. L’hygiène est elle-même décrite comme « limitée ». Le tout dans des services censés accueillir des personnes particulièrement vulnérables.
Une crise devenue structurelle
Au premier semestre 2026, 3 957 patients psychiatriques ont subi une attente prolongée en Île-de-France, soit 31,8 % de plus qu’en 2025. La durée moyenne dépasse 39 heures. À Sainte-Anne, un patient sur cinq attend même plus de 48 heures.
L’ARS dispose pourtant depuis 2022 d’une cellule régionale destinée à rechercher des lits psychiatriques. Le CGLPL constate que ce dispositif ne permet manifestement pas de rétablir la fluidité nécessaire. La pénurie de lits devient ainsi une mécanique institutionnelle : faute de place en psychiatrie, les urgences générales deviennent des zones de rétention de fait. Le CGLPL a publié ces recommandations en urgence au Journal officiel du 10 septembre 2026, sur le fondement de l’article 9 de la loi du 30 octobre 2007. Les ministres de la Santé, de l’Intérieur et de la Justice disposent de quatre semaines pour répondre.

Le rapport de la CGLPL documente l’état d’un service public que l’on a laissé se déliter au nom de la performance budgétaire. L’autorité chargée de protéger les libertés vient officiellement de constater que, dans certaines urgences psychiatriques, il ne respecte même plus suffisamment les droits qu’il prétend garantir. Tant que la gestion sanitaire restera pilotée par une bureaucratie nationale déconnectée, ces rapports d'alerte continueront de s'empiler, sans que rien ne change vraiment pour les patients.


