Santé publique France a publié, le 3 juillet, un bilan sans appel : +29,1 % de mortalité toutes causes entre le 22 et le 28 juin, soit 2 025 décès supplémentaires, dont plus de 80 % chez les 65 ans et plus. Pendant que le thermomètre battait des records, une partie du système hospitalier tournait au ralenti, urgences fermées la nuit ou le week-end, plans blancs déclenchés à Angers et à Nantes. Le contribuable finance le système de santé le plus coûteux d'Europe ; il découvre, l'été venu, qu'il finance surtout sa fermeture.
Alors que la France vient de connaître un épisode caniculaire d'une intensité inédite depuis 2003, Santé publique France recense 2 025 décès supplémentaires entre le 22 et le 28 juin, soit une hausse de 29,1 % de la mortalité toutes causes. Au même moment, de nombreux hôpitaux fonctionnaient déjà en mode estival, avec des lits fermés et des urgences filtrées faute de personnels.
Une canicule historique face à un système hospitalier sous tension
Le bulletin publié le 3 juillet par Santé publique France dresse un constat inquiétant. Entre le 16 juin et le début juillet, la France a subi une vague de chaleur exceptionnelle : 90 départements ont été placés en vigilance orange et 72 en vigilance rouge, un niveau jamais atteint auparavant. Selon Météo-France, l'intensité de cet épisode dépasse même celle d'août 2003, avec la particularité de survenir dès le mois de juin.

Les conséquences sanitaires sont immédiates. Les consultations liées aux coups de chaleur, déshydratations et hyperthermies ont atteint des records : 698 consultations SOS Médecins le 25 juin, 2 089 passages aux urgences le 26 juin et 1 215 hospitalisations le même jour. Au total, 6 351 hospitalisations ont été enregistrées entre le 18 et le 29 juin, dont les deux tiers concernaient des personnes de 75 ans et plus. Les CHU d'Angers et de Nantes ont même dû déclencher leur plan blanc pour faire face à l'afflux de patients.
L’accès aux soins sous contrôle
Depuis plusieurs années, les directions hospitalières réduisent leur capacité durant l'été afin de composer avec les pénuries de soignants. Dans plusieurs départements, les patients doivent désormais appeler le SAMU avant de pouvoir accéder aux urgences. En Bretagne, plus de la moitié des services d'urgence sont soumis à cette régulation nocturne. En Loire-Atlantique, ce dispositif, initialement présenté comme exceptionnel, a été pérennisé pour trois ans à compter de juillet 2025 par l'Agence régionale de santé.

Si ces "fermetures de lits pour l’été" sont devenues la norme, des témoignages illustrent les conséquences désastreuses de cette organisation. À Aix-en-Provence, une mère raconte avoir trouvé les urgences pédiatriques fermées après une réaction allergique sévère de sa fille, les équipes la redirigeant vers un autre établissement malgré la nécessité d'une surveillance hospitalière.
Même les professionnels alertent, ils déplorent que ces mesures, justifiées par le manque chronique de personnels, soient progressivement devenues la norme. Les épisodes de canicule aggravent pourtant de nombreuses pathologies, notamment psychiatriques, alors même que cabinets médicaux et centres de consultation réduisent également leur activité durant les congés.

La France consacre chaque année plus de 12 % de son PIB aux dépenses de santé, parmi les niveaux les plus élevés d'Europe. Pourtant, lorsqu'une crise sanitaire prévisible survient, le système fonctionne déjà avec des capacités réduites, faute de personnels disponibles et d'une organisation suffisamment souple pour absorber les pics d'activité. L'urgence n'est plus seulement climatique : elle est institutionnelle.
Le citoyen paie très cher pour une assurance tous risques, mais lorsqu’il a besoin du filet de sécurité, on lui tend un téléphone et un numéro vert pour un diagnostic à distance. Pendant que les élites planchent sur des « mesures d’adaptation », le bon sens, lui, a déserté les couloirs de l’administration sanitaire. Sous couvert de rationalisation, c’est la fin de l’accès libre aux soins d’urgence qui s’organise. Mais personne n’ose le dire.

