Par Élise Rochefort
La question revient à chaque fermeture nocturne annoncée dans un petit hôpital : combien coûte une nuit d'urgences ouvertes, et pour quelle activité ? Elle paraît comptable. Elle ne l'est qu'en partie. Les deux termes du calcul — la dépense et le volume — sont aujourd'hui documentés ; leur mise en regard ne donne pas, à elle seule, de réponse.
Le coût d'abord. Maintenir une ligne de garde médicale suppose la présence d'un médecin urgentiste la nuit, du soir au matin. Lorsque le poste n'est pas pourvu par un praticien titulaire — ce qui est le cas dans les établissements concernés par les fermetures de 2025 et 2026 —, l'hôpital recourt à l'intérim, et c'est là que la dépense est encadrée. Depuis la loi du 3 avril 2023, dite loi Rist, la rémunération d'un médecin intérimaire est plafonnée à environ 1 390 euros bruts pour une garde de vingt-quatre heures. La dépense totale supportée par l'établissement, qui inclut les frais et la marge de l'entreprise de travail temporaire, relève d'un autre plafond, relevé par un arrêté du 5 septembre 2025 : de l'ordre de 2 600 à 2 700 euros hors taxe pour vingt-quatre heures (soit 80.000€ par mois!). Ce montant est majoré de 50 % sur la période estivale et peut l'être encore de 30 % sur décision du directeur général de l'agence régionale de santé. Avant l'encadrement de 2023, certaines gardes de nuit se négociaient entre 4 000 et 5 000 euros.
Rapporté à l'année, l'ordre de grandeur se laisse approcher, sans qu'une donnée consolidée publique ne soit disponible établissement par établissement. Une ligne de garde médicale couverte par l'intérim, au plafond actuel, représente trois cent soixante-cinq gardes, soit de l'ordre de 0,9 à 1 million d'euros par an pour la seule présence médicale — avant le personnel non médical, infirmier et aide-soignant, et avant les coûts de structure. Le chiffre exact dépend de la part d'intérim, du recours ou non aux majorations, et de la durée réelle de la vacance des postes. Il s'agit d'un ordre de grandeur, non d'un montant arrêté.


L'activité ensuite. Les chiffres nocturnes sont rarement publiés en détail ; le cas de Carhaix fait exception, parce que l'agence régionale de santé de Bretagne et le CHU de Brest les ont communiqués pour motiver la régulation mise en place. Sur la tranche de 18 heures à 8 heures, le service y a reçu une cinquantaine de patients sur site depuis le 1ᵉʳ septembre, et réoriente en moyenne un patient par nuit vers un autre établissement — Morlaix, Quimper ou Brest. L'activité de jour s'établit autour de vingt-six passages quotidiens, avec des pointes à trente-cinq. À Dinan, la ventilation horaire n'est pas rendue publique : on connaît l'activité globale, proche de 30 000 passages par an, mais non le nombre de passages entre 23 heures et 8 heures, tranche concernée par la fermeture estivale décidée du 15 juin au 30 septembre 2026. Le report s'effectue sur Saint-Malo, dont le service enregistrait déjà près de 60 000 passages annuels pour une capacité nominale de 35 000.
La mise en balance oppose deux lectures, qui s'appuient sur les mêmes données. La première, portée par les agences régionales de santé et les directions

