À quelques semaines de l’échéance de la Facilité pour la reprise et la résilience (FRR), Bruxelles voit les États membres accélérer leurs dépenses pour ne pas perdre les crédits disponibles. Sur une enveloppe de 650 milliards d’euros, seulement 367 milliards avaient été versés, tandis que seulement 40 % des objectifs prévus pour août 2026 avaient été atteints. La Cour des comptes européenne redoute qu’une telle course au décaissement multiplie les erreurs.
Bruxelles est en panique. Quand une administration doit débourser des centaines de milliards avant une date butoir sous peine de les perdre, ce n’est plus de l’investissement : c’est une course au décaissement d’argent emprunté au nom des contribuables européens. La FRR arrive à échéance fin août 2026. La Cour des comptes européenne, par la voix de son président Tony Murphy, le dit sans détour : quand on force les capitales à dépenser sous la pression du calendrier, les erreurs explosent.
La course au décaissement plutôt que la performance
Lancée en février 2021 dans la foulée de NextGenerationEU, la FRR devait financer les réformes et investissements des Vingt-Sept jusqu'à la fin de 2026. Mais les jalons et cibles, eux, doivent être atteints le 31 août 2026 , une date que la Commission a refusé de repousser.

Selon Euractiv, 367 milliards d’euros seulement avaient été versés depuis décembre 2020, alors que 283 milliards restent à allouer à l’approche de l’échéance. Et seulement 40 % des objectifs fixés pour août 2026 avaient été atteints. Le président de la Cour des comptes européenne, Tony Murphy, a averti qu’une pression importante pour dépenser rapidement l’argent était directement corrélée à davantage d’erreurs.
Bruxelles préfère accélérer plutôt que prolonger
Le signal est d’autant plus préoccupant que les contrôles présentent déjà des failles. La Cour a constaté que six des 28 paiements de subventions examinés n’étaient pas conformes aux règles, évoquant également des risques de double financement, des contrôles insuffisants et des informations incomplètes sur les fraudes potentielles.
La Cour avait parallèlement souligné que les dispositifs antifraude de la FRR demeuraient insuffisamment robustes : les données disponibles ne permettent même pas de mesurer précisément l’ampleur de la fraude. Malheureusement, plutôt que d’étaler les dépenses, la Commission pousse les États à accélérer. Les eurodéputés avaient demandé une prolongation de 18 mois, mais cette option a été rejetée.
La FRR devait moderniser l’Europe. Pourtant, elle se termine en course contre la montre budgétaire, sous les yeux impuissants de la Cour des comptes. Quand le calendrier prime sur le contrôle, ce n’est plus de la résilience : c’est de la fuite en avant. Ce qui devrait interpeller n'est pas seulement la mécanique bureaucratique, mais son origine : cet argent n'est pas un cadeau tombé du ciel, c'est de la dette commune, garantie par les contribuables européens, y compris français, pour des décennies.

