Philippe, Attal : les libéraux de cour proposent leurs mesurettes pour que tout change sans que rien ne change

Philippe, Attal : les libéraux de cour proposent leurs mesurettes pour que tout change sans que rien ne change

Philippe et Attal dévoilent leurs mesures pour 2027 : du réglage fin, jamais de bascule. Analyse libertarienne d'un réformisme de cour à l'heure des changements radicaux.


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Édouard Philippe et Gabriel Attal ont dévoilé à trois jours d'écart leurs premières mesures pour 2027. Tout y est réglé, calibré, chiffré — et rien n'y change de structure. Le fine tuning est devenu la doctrine officielle d'un pays qui n'a plus les moyens de ses prudences.

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Il y a, dans le parc Jourdan d'Aix-en-Provence, au tout début du mois de juillet, quand la chaleur monte des pelouses et que les badges battent sur les poitrines, quelque chose qui ressemble moins à un forum d'idées qu'à une liturgie. Dix mille participants, 480 intervenants venus de 55 pays, 90 sessions, un thème choisi avec soin — Naviguer dans un monde sans repère — et, au terme de trois jours de tables rondes, quatorze engagements remis solennellement à la nation. Un monde sans repère, donc, qu'on se propose de baliser en quatorze points. La cartographie est modeste.

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C'est dans ce décor, et je suppose que le calendrier n'a rien d'un hasard, que les deux candidats du centre ont choisi de dévoiler leurs premières cartes. Deux rivaux, une même semaine, un même geste.

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Deux programmes, une seule prudence

Gabriel Attal a ouvert le bal le 3 juillet, avec un plan de redressement des finances publiques dont la presse a retenu le chiffre rond : 100 000 postes de fonctionnaires supprimés, par non-remplacement de départs en retraite et plan de départs volontaires, pour une économie annoncée de sept milliards d'euros. S'y ajoutent le retour du déficit sous 3 % du PIB « avant 2032 », l'équilibre budgétaire en dix ans, et une « impunité budgétaire zéro » : le ministre qui dépasse son budget quitte son poste, le gouvernement qui manque trois ans la trajectoire démissionne. Quatre ministères sont d'emblée sanctuarisés — Éducation, Armées, Justice, Intérieur. Public Sénat note le virage à 180 degrés d'un homme qui défendait il y a peu la position inverse. On pourrait y voir une conversion. On peut aussi y voir un positionnement.

Édouard Philippe a répliqué le 5 juillet, lors de son premier meeting de campagne : « la plus grande refonte de l'école depuis Jules Ferry », de l'ordre, de la justice, de l'immigration, et un volet économique d'offre déjà balisé — suppression progressive de la CVAE, baisse des impôts de production, désocialisation totale des heures supplémentaires, « bouclier charges » entre 1 et 2,5 SMIC. La méthode est plus intéressante que les mesures : dissolution de l'Assemblée dès l'élection, puis trois référendums — une dose de capitalisation dans les retraites, une règle d'or constitutionnelle, et l'autorisation de légiférer par ordonnances sur la santé, l'école et la justice.

Posons les deux programmes côte à côte, sérieusement, ligne à ligne, comme on compare deux devis. Des allègements ciblés, des trajectoires décennales, des sanctuaires ministériels, des référendums d'en haut sur des questions choisies d'en haut. Tout est réglage. Rien n'est architecture.

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L'arithmétique du réglage

Sept milliards d'économies : rapportons le chiffre à son paysage. La charge d'intérêts de la dette française atteindra 74 milliards d'euros en 2026, contre 35 milliards en 2020. La dette elle-même a passé le cap des 3 500 milliards, soit 117,5 % du PIB. Et pour la première fois en vingt ans, la signature française se paie plus cher que l'italienne sur certaines maturités. L'économie phare du plan Attal couvre moins d'un dixième de la seule facture annuelle des intérêts. Cent mille postes, c'est moins de 2 % des effectifs publics — et encore, en épargnant d'avance les quatre ministères les plus lourds. Quant aux référendums de Philippe, le plus audacieux consiste à demander aux Français la permission de gouverner par ordonnances : réformer la verticale par un surcroît de verticale.

Ces mesures ont un point commun, qui est leur véritable programme : aucune ne déplace une frontière. Le périmètre de l'État demeure, la production de normes demeure, les grands monopoles publics demeurent, la dépense publique demeure au-dessus de la moitié de la richesse produite. On ajuste les taux, les seuils, les effectifs — jamais la machine qui les engendre. C'est ce que les organisateurs d'Aix appellent, avec une louable franchise, formuler des engagements ; c'est ce qu'un ingénieur appellerait du fine tuning : le réglage fin d'un système dont on refuse d'interroger le plan. Réformer dans la sécurité et la protection, disent-ils. Sécurité de qui, protection de quoi ? Des positions acquises, à le bien regarder — celles des administrations qu'on sanctuarise, des guichets qu'on maintient, des rentes réglementaires qu'aucun des deux candidats ne nomme. Ils travaillent avec cette application de castors qui rehaussent leur barrage pendant que la rivière, cent mètres en amont, a déjà changé de lit.

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Tancrède à Aix-en-Provence

Le titre de cette chronique n'est pas de moi. Il est de Lampedusa, ou plus exactement de Tancrède, le neveu du prince Salina dans Le Guépard : « Il faut que tout change pour que rien ne change. » La Sicile de 1860 voyait débarquer Garibaldi ; la jeune aristocratie comprit qu'en épousant le mouvement, elle garderait les palais. Nos libéraux de cour sont des Tancrède sans même le débarquement : ils n'attendent aucune révolution qu'il faudrait chevaucher, ils pratiquent le guépardisme préventif — annoncer le changement assez fort pour n'avoir jamais à le faire. Le mot « libéral », dans cette affaire, subit le sort du mot « réforme » : il désigne son contraire. Un libéral qui sanctuarise, plafonne et octroie n'est pas un libéral ; c'est un intendant.

Car la liberté dont il s'agit n'est pas une politique de l'offre. L'intuition centrale de Hayek — celle de l'ordre spontané — dit très exactement ce que ces programmes ignorent : l'ordre d'une société ne se décrète pas depuis un sommet, il naît des ajustements de millions de personnes qui savent, chacune, ce qu'aucun planificateur ne saura jamais à leur place. Une société horizontale n'est pas une société désorganisée ; c'est une société qui s'organise elle-même, et qui n'a besoin ni d'un thermostat central ni d'un horloger en chef. Baisser la CVAE ne rend pas ce pouvoir aux Français. Supprimer 100 000 postes sans toucher aux missions ne le rend pas davantage. On rend ce pouvoir en fermant des guichets, en abrogeant des codes, en laissant les communes, les entreprises, les associations décider de ce qui les regarde. Aucun des deux candidats ne propose de rendre quoi que ce soit. Ils proposent de mieux administrer ce qu'ils gardent.

Libertarisme et ordre spontané (Liberty Academy, cours 1)
Dans ce premier cours de la Liberty Academy, j’aborde les principes fondamentaux du libertarisme : l’individualisme, le consentement, l’état de droit, la propriété privée, la liberté religieuse.

Turgot renvoyé, Necker applaudi

Ce n'est pas nouveau, et c'est très français. En 1774, Turgot arrive au Contrôle général avec de vraies bascules : liberté du commerce des grains, suppression des jurandes, abolition de la corvée. La cour, qui vivait des positions qu'il menaçait, obtint son renvoi en vingt mois. On lui préféra Necker, l'homme des expédients, des emprunts et des comptes rendus flatteurs — le fine tuning de l'Ancien Régime finissant. La monarchie crut gagner du temps en choisissant l'ajusteur contre le réformateur ; treize ans plus tard, elle n'avait plus ni l'un ni l'autre, ni elle-même. On croit gagner du temps en resserrant les vis. On perd l'édifice.

Pendant ce temps, le monde ne se règle pas, il bascule. Washington sort du pacte commercial nord-américain. Les BRICS, qui pèsent désormais 41 % du PIB mondial en parité de pouvoir d'achat, préparent leur sommet de New Delhi. L'euro numérique arrive en séance plénière du Parlement européen ce mois-ci. Et dans notre propre pays, un candidat à 36 % est désormais donné vainqueur au second tour. L'époque distribue des cartes radicales à tout le monde, sauf, semble-t-il, aux héritiers du bloc central, qui jouent leur partie comme si la table de 2017 était encore dressée.

Dernier mot

Je ne doute pas de la sincérité des deux hommes — la sincérité n'est pas la question, et le procès d'intention est une paresse. La question est celle de l'échelle. Quand la dette double de coût en six ans, quand la signature du pays passe derrière celle de l'Italie, quand un tiers de l'électorat a déjà quitté la table, la prudence n'est plus une vertu de gouvernement : elle est une manière de ne pas gouverner. Peut-être faut-il alors regarder ailleurs que vers les programmes — vers ce que chacun peut basculer sans permission. Entreprendre, contracter, s'associer, transmettre : l'ordre spontané n'attend pas d'être autorisé par référendum, il commence là où quelqu'un cesse d'attendre.

Les quatorze engagements d'Aix seront oubliés avant la rentrée, comme les quatorze précédents. Les programmes s'affineront, se chiffreront, se répondront. Et la rivière, elle, continuera de creuser son nouveau lit — avec ou sans les castors du parc Jourdan.


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