La "loi Rothschild" de 1973 et le déclin français

La "loi Rothschild" de 1973 et le déclin français

Pompidou chez Rothschild, l'article 25, 3 500 milliards de dette : les pièces de la légende de 1973 sont authentiques. Ce que disent vraiment les archives.


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Par Thibault de Varenne

Il se trouve toujours, dans les dîners où l'on refait la France, un convive pour poser sa fourchette et prononcer les mots de « loi de 1973 ». Le ton baisse d'un demi-registre ; on nous confie que tout a commencé là. Depuis cette loi, dite Pompidou-Giscard, dite Rothschild, l'État aurait perdu le droit de se financer sans frais auprès de sa banque centrale ; contraint d'emprunter avec intérêt aux banques privées, il se serait endetté pour payer les intérêts eux-mêmes ; et l'affaire aurait été conclue au sommet, par un président de la République qui fut, chacun le sait, directeur général de la banque Rothschild.

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Il faut donner au récit ce qui lui revient : ses pièces sont authentiques. Georges Pompidou a bien dirigé la banque Rothschild de 1956 à 1962, avant Matignon, avant l'Élysée. La loi du 3 janvier 1973 existe bel et bien, et son article 25 dispose, en toutes lettres, que « le Trésor public ne peut être présentateur de ses propres effets à l'escompte de la Banque de France ». La dette publique, à peu près inexistante au début des années 1970, dépasse aujourd'hui 3 500 milliards d'euros, et sa seule charge d'intérêts atteindra 74 milliards cette année — davantage que le budget des armées. Voilà les faits, et ils sont troublants. Les manuels n'en parlent guère ; les journalistes qui s'y risquent expédient l'affaire en trois lignes et un ricanement, ce qui n'a jamais éteint une légende — cela l'arrose.

Trois questions se posent donc, et elles méritent mieux qu'un ricanement. Comment l'État se finançait-il au juste avant 1973, et qu'y avait-il de « gratuit » dans ce monde-là ? Qu'est-ce que la loi a changé, concrètement, dans la mécanique du Trésor — et qui tenait la plume ? Et la question que les deux camps esquivent : serait-il seulement sain que le déficit fût financé sans frais par la banque centrale ? Les textes, les conventions, les archives sont publics ; je les ai rouverts. Ce qu'on y trouve ne ressemble à aucun des deux récits qu'on nous vend — ni à la fable du complot d'un soir d'hiver, ni au conte du marché vertueux. Et le vrai scandale n'est pas celui qu'on croit.

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