Par Eric V.
Quatre épisodes pour démonter une légende : non, l'élection ne sert à rien ; oui, la clef existe ; non, aucun des deux échecs possibles n'est confortable. Reste la question que je dois maintenant à ceux qui m'ont lu toute la semaine. Si rien de tout cela n'est rassurant, à quoi bon voter en mai ? À trois choses. La troisième, personne ne la nomme, et c'est la seule qui dépende de vous.
Il y a, parmi les gens qui m'écrivent, un homme dont je ne sais presque rien — sinon qu'il a créé sa société trois semaines après un second tour, et qu'il m'a expliqué pourquoi dans une lettre que j'ai gardée. Je le compose ici à partir de plusieurs correspondances, et je le déclare comme tel : ce n'est pas un témoignage, c'est un portrait-robot. Il n'avait pas créé son entreprise par enthousiasme, ni par calcul fiscal, ni par dépit. Il l'avait créée parce qu'il avait compris, ce dimanche soir-là, devant les courbes et les plateaux et les commentateurs qui se félicitaient déjà d'avoir eu raison, qu'il n'obtiendrait plus jamais rien de personne. L'élection ne lui avait rien donné. Elle lui avait donné une date.
Où nous en sommes
Récapitulons, parce que cinq jours c'est long et que la légende, elle, tient en une phrase.
Lundi : la clef existe. Les nominations, le référendum, la dissolution, les ordonnances, cinq ans qu'aucune motion n'abrège — ce n'est pas rien, et rien ne réserve ces instruments au bloc central. Mardi : le choix qui en découle n'a pas de branche confortable, parce que le raisonnable français n'est pas libéral et que le radical ne tient pas l'arithmétique. Mercredi : les deux ruptures butent sur le même mur, et ce mur n'a pas d'idéologie, c'est une addition. Jeudi : sur les quatre sorties possibles d'une crise ouverte, une seule sert la liberté, et elle exige que quelque chose existe déjà le lendemain.
Alors on me pose la question, et on me la pose avec une pointe d'agacement que je comprends : très bien, mais concrètement, le 2 mai, je fais quoi ?
Je vais répondre. Pas en donnant un nom — je ne l'ai pas donné mardi, je ne le donnerai pas aujourd'hui, et ceux qui espéraient que le cinquième épisode lâcherait enfin le morceau vont être déçus. Je vais répondre en décrivant trois usages possibles d'un bulletin, dont les deux premiers sont connus et mal employés, et dont le troisième n'est presque jamais nommé.







