Par Eric V.
Mardi, j'ai décrit la tentation : voter le pire pour que le système casse. Hier, j'ai montré que le mur existe et qu'il n'a pas d'idéologie. Reste la question que l'accélérationniste ne se pose jamais : et après ? Quatre pays ont vécu la rupture rapide. Aucun n'a obtenu ce qu'il espérait. Un seul en est sorti plus libre.



Imaginons le 15 novembre 2027. Six mois de pouvoir nouveau. Le budget a été présenté à l'automne, il n'a pas de majorité, l'agence qui place la dette française a connu deux adjudications difficiles, l'écart avec l'Allemagne a doublé et la presse étrangère écrit le mot « crise » sans guillemets. Ce n'est pas une prédiction : c'est un exercice, et je le déclare comme tel. Je ne sais pas qui sera élu le 2 mai. Je sais ce qui est arrivé aux pays qui ont vécu cette scène avant nous, et je trouve étrange qu'on n'en parle jamais.
Ce qu'on se raconte
La thèse accélérationniste est séduisante, et je l'ai entendue de la bouche de gens que j'estime. Elle tient en trois temps. Le pouvoir raisonnable ne réduira jamais rien, donc il faut une rupture. La rupture échouera, car son arithmétique ne tient pas — nous l'avons vu hier. Mais de cet échec sortira enfin ce qu'aucun consensus n'a produit : la vérité des comptes, la fin des illusions, la reconstruction sur des bases saines. Il faut casser pour rebâtir.
Le raisonnement a de la tenue. Il a même des précédents, et c'est là qu'il faut être précis, parce que les précédents existent des deux côtés du raisonnement.
Voici ce que l'histoire récente a effectivement produit après une rupture rapide.
Au Royaume-Uni, un budget non financé en septembre 2022, une envolée des taux, une intervention de la banque centrale, et une démission au bout de quarante-neuf jours. En Grèce, un référendum le 5 juillet 2015 où le peuple rejette à plus de soixante pour cent les conditions des créanciers — puis, huit jours plus tard, un gouvernement qui les accepte, et un troisième mémorandum signé le 14 août, contrôle des capitaux inclus. En Italie, un écart de 574 points de base le 9 novembre 2011, une démission le 12, et pour lui succéder un économiste que personne n'avait élu. En Argentine, un blocage des dépôts le 1er décembre 2001, un défaut le 23, quatre présidents en deux semaines, vingt-huit morts dans les rues.
Et chez nous, à plus petite échelle : un gouvernement censuré en trois mois, puis un autre, puis un troisième. L'échec n'a rien changé. Il a recyclé.
Alors la question mérite d'être posée franchement. L'échec rapide libère-t-il, ou referme-t-il ? Qui ramasse la mise quand la table est renversée ? Et l'accélérationniste, qui choisit son entrée dans la crise, choisit-il aussi sa sortie ?
J'ai regardé les quatre issues possibles. Je n'en préfère aucune, et je vais dire pourquoi.


