Par Thibault de Varenne
Fin septembre 2023, un chef d'État appelle un chef de gouvernement. La conversation dure quarante-cinq minutes. Le premier dit au second qu'un homme, à Gaza, prépare quelque chose qu'il nomme lui-même un tremblement de terre. Le second répond que ses services tiennent la situation, que s'il se passe quelque chose ce sera en Cisjordanie, et qu'Israël est prêt à tout. Dix jours plus tard, il n'était prêt à rien.
Voilà ce que rapporte Haaretz, ce lundi, d'après un livre de deux journalistes israéliens, Shlomi Eldar et Ruth Yuval, et d'après un conseiller de Mohammed ben Zayed qui assistait à l'appel. Une source émiratie l'a confirmé au Times of Israel. Abou Dhabi, officiellement, ne commente pas les conversations entre dirigeants — mais fait savoir que « tout renseignement pertinent a été communiqué quand il le fallait », ce qui n'est pas un démenti. Le bureau de M. Netanyahou, lui, parle d'un « mensonge total » : pas d'appel à cette période, pas d'avertissement. Il faut tenir les deux versions ensemble, et ne pas choisir trop vite.
Ce qui n'est pas contesté est déjà lourd. Ronen Bar, qui dirigeait le Shin Bet, et Herzi Halevi, qui commandait l'armée, disent n'avoir jamais entendu parler de cet appel. Le 1er octobre, le premier proposait encore une action préventive contre le Hamas ; le Premier ministre demanda qu'on lui présente des propositions, sans mentionner ce qu'on lui avait dit dix jours plus tôt. Dix jours avant l'attaque