Par Élise Rochefort
L'OCDE a publié le mardi 8 septembre 2026, à 9 h 30, le premier volume des résultats de PISA 2025. Le même jour, la Direction de l'évaluation, de la prospective et de la performance (DEPP) du ministère de l'Éducation nationale a mis en ligne deux notes d'information sur les résultats français, et le ministère a diffusé un document intitulé « PISA 2025 : une baisse des résultats commune à l'OCDE, un relèvement à poursuivre ».
1. Qu'est-ce que l'enquête PISA ? Qui la mène et comment ?
PISA (Programme for International Student Assessment, en français Programme international pour le suivi des acquis des élèves) est une évaluation conçue et pilotée par l'Organisation de coopération et de développement économiques. Elle existe depuis 2000. Elle a eu lieu tous les trois ans jusqu'en 2022 ; le cycle 2025, décalé d'un an par la pandémie, ouvre un rythme quadriennal.
L'enquête teste des élèves âgés de 15 ans, quel que soit leur niveau de scolarisation, dans trois domaines : compréhension de l'écrit, culture mathématique, culture scientifique. Chaque édition approfondit l'un des trois ; en 2025, le domaine majeur est la culture scientifique. Un module sur la résolution de problèmes assistée par ordinateur complète le dispositif. Les épreuves sont passées sur ordinateur depuis 2015 ; elles sont accompagnées de questionnaires de contexte adressés aux élèves, aux chefs d'établissement et, dans certains pays, aux parents.
Les scores sont exprimés sur une échelle dont la moyenne des pays de l'OCDE avait été fixée à 500 points, avec un écart-type de 100, lors de la première mesure de chaque domaine. L'OCDE répartit ensuite les élèves en six niveaux de compétence. Le niveau 2 est le seuil retenu pour distinguer les élèves « en difficulté » (en dessous) des autres ; les niveaux 5 et 6 définissent les élèves « très performants ». Selon l'OCDE, un écart de 20 points correspond approximativement à une année de scolarité.
L'édition 2025 est la plus large jamais conduite : plus de 760 000 élèves testés dans 91 pays et économies, représentant environ 33 millions de jeunes de 15 ans. En France, la passation est organisée par la DEPP, sur un échantillon d'établissements et d'élèves tiré selon les règles fixées par le consortium international. Les résultats français sont publiés le même jour que ceux de l'OCDE, sous la forme de notes d'information signées par les statisticiens de la DEPP (note n° 26.40 pour l'écrit et les mathématiques, note distincte pour les sciences).

2. Quels sont les résultats généraux pour l'OCDE ?
L'OCDE décrit les moyennes 2025 en mathématiques et en compréhension de l'écrit comme les plus basses jamais enregistrées depuis la création du programme.
En compréhension de l'écrit, la moyenne des pays de l'OCDE a reculé de 28 points entre 2015 et 2025, soit environ une année et demie de scolarité selon l'équivalence retenue par l'organisation, dont 14 points entre 2022 et 2025. En mathématiques, le recul est de 22 points sur dix ans, dont 9 points entre 2022 et 2025. En sciences, la moyenne des 35 pays de l'OCDE disposant de données comparables est stable entre 2022 et 2025, après une baisse continue entre 2009 et 2022.
La part des élèves en difficulté dans les trois domaines à la fois atteint un élève sur cinq dans l'OCDE, contre 16 % en 2022.
Les systèmes les mieux classés sont les quatre provinces et municipalités chinoises participantes (Pékin, Shanghai, Jiangsu, Zhejiang — 612 points en mathématiques, 597 en sciences), Singapour (563 et 560), le Japon (525 et 538), ainsi que l'Estonie (508 en mathématiques), Macao, Taïwan, la Corée et le Royaume-Uni (511 en sciences). L'OCDE précise que l'échantillon chinois ne couvre que ces quatre territoires et n'est pas représentatif du pays. Les États-Unis obtiennent 502 points en sciences ; l'Allemagne 486 en sciences et 464 en mathématiques, en baisse de 11 points.
Dans son communiqué, l'OCDE relie la baisse générale à des facteurs qu'elle qualifie de communs : temps d'écran, usage du téléphone à des fins de loisir dans les établissements, recul du suivi parental de la scolarité, et pénurie d'enseignants dans plusieurs pays. L'Internationale de l'éducation, fédération syndicale, retient de son côté la pénurie chronique d'enseignants comme premier facteur.
3. Quels sont les résultats pour la France ?
La France se classe au 27e rang et se situe dans la moyenne des pays de l'OCDE dans les trois domaines. Ses scores 2025 en compréhension de l'écrit et en mathématiques sont les plus bas mesurés depuis sa première participation en 2000.
Mathématiques. Le score passe de 474 points en 2022 à 458 points en 2025, soit une baisse de 16 points, contre 9 points pour la moyenne OCDE. Il était de 495 points en 2012. La France se situe au niveau de l'Espagne et de la Croatie, 6 points derrière l'Allemagne. La part des élèves en difficulté (sous le niveau 2) passe de 29 % à 36 % en trois ans ; elle a augmenté de 12 points depuis 2015. La part des élèves très performants est de 5 %, contre 8 % en moyenne dans l'OCDE. Les garçons obtiennent 464 points et les filles 451 ; l'écart de 13 points est stable depuis 2022, mais la baisse est de 18 points chez les filles et de 15 chez les garçons.
Compréhension de l'écrit. Le score passe de 474 à 456 points, soit une baisse de 18 points, contre 14 dans l'OCDE. La part des élèves sous le niveau 2 atteint 33 %. Elle était de 15 % en 2000, 21 % en 2018 et 27 % en 2022.
Sciences. Le score est de 483 points, en baisse de 4 points par rapport à 2022 et de 10 points par rapport à 2018 ; il reste au-dessus de la moyenne OCDE, au niveau de l'Italie et du Portugal. Environ 74 % des élèves atteignent au moins le niveau 2 ; 26 % sont au niveau minimal, proportion la plus élevée enregistrée en France depuis 2000. La part des très performants est de 7 %, égale à la moyenne OCDE.
Inégalités et contexte. La DEPP indique que la France demeure l'un des pays de l'OCDE où l'écart entre élèves favorisés et défavorisés est le plus marqué : 100 points en sciences, contre 85 en moyenne. L'association entre niveau socio-économique et performance y est parmi les plus fortes. En isolant les seuls élèves de seconde générale et technologique, la DEPP obtient 493 points en mathématiques et 525 en sciences, ce dernier score étant comparable à celui de l'Estonie ; les redoublants et les élèves de voie professionnelle tirent la moyenne nationale vers le bas.
Les questionnaires de contexte font apparaître une baisse du suivi parental (la part des élèves interrogés par leurs parents sur leur journée d'école passe de 74 % à 63 % entre 2022 et 2025), un climat de classe plus perturbé qu'ailleurs (47 % des élèves signalent du bruit et du désordre dans la plupart des cours de sciences, contre 31 % dans l'OCDE), et un rapport aux sciences plus favorable que la moyenne (71 % déclarent aimer travailler sur des sujets scientifiques, contre 55 %).
4. Quelle est la réaction officielle du ministère de l'Éducation nationale ?
Le ministre de l'Éducation nationale, Édouard Geffray, a déclaré le 8 septembre dans un entretien au Monde que les résultats étaient « préoccupants » mais « hélas, pas une surprise ». Il a désigné les réseaux sociaux comme une « arme de destruction intellectuelle massive » et cité la « baisse de l'investissement parental dans la scolarité ».
Le document ministériel publié le même jour retient trois lignes. D'abord, la baisse est présentée comme commune à l'OCDE et attribuée principalement à des facteurs extérieurs aux systèmes éducatifs : écrans, réseaux sociaux, téléphone en établissement, recul du suivi parental. Ensuite, les résultats sont dits « conforter » les mesures déjà prises pour les générations plus jeunes : interdiction du téléphone étendue au lycée à la rentrée 2026, programmes rénovés, priorité au langage et au raisonnement scientifique, réforme de la formation initiale des professeurs. Enfin, le ministère annonce un objectif chiffré : dépasser la moyenne de l'OCDE dès le cycle 2029, avec une progression de 20 points, puis revenir dans le premier tiers des pays d'ici le cycle 2033.
Les mesures nouvelles annoncées sont les suivantes.
À la rentrée des vacances de la Toussaint 2026, chaque famille recevra un document d'une page présentant les objectifs d'apprentissage de l'année de son enfant ; ce document sera remis chaque année dès septembre 2027.
Les règles de notation du brevet et du baccalauréat seront publiées dès la mi-septembre 2026, avec des « sujets zéro » pour le brevet. Au collège, la marge d'autonomie des équipes, actuellement de trois heures par division contre douze au lycée, devrait augmenter « de l'ordre de 50 % sur les cinq prochaines années », financée par les marges dégagées par la baisse démographique.
La pédagogie explicite sera placée au centre de la formation des professeurs stagiaires, et le ministre rencontrera les directeurs d'Inspé à cet effet.
Dans le premier degré, le volume obligatoire de formation continue pourra être porté de 18 à 36 heures au sein des 108 heures annuelles. Des listes de lectures recommandées par niveau seront diffusées avant chaque période de vacances à partir de la Toussaint 2026. La labellisation des manuels de lecture et de mathématiques en CP et CE1, mesure du « Choc des savoirs » interrompue en 2024, sera expérimentée.
La suspension des mises à jour des espaces numériques de travail entre 20 heures et 7 heures et le week-end sera généralisée d'ici la fin de l'année scolaire 2026-2027. Le suivi reposera sur des indicateurs publics : évaluations nationales et internationales, part des élèves maîtrisant les compétences attendues, part des très performants, écarts liés à l'origine sociale.
D'autres lectures existent. Éric Charbonnier, analyste éducation à l'OCDE, appelle à « ouvrir un grand chantier sur le métier d'enseignant ». Le Café pédagogique rappelle que la baisse française s'inscrit dans dix années de réformes successives des cycles, des programmes et du brevet, et relève que seul un élève français sur deux déclare que son professeur s'intéresse à l'apprentissage de chacun, contre 69 % dans l'OCDE. Le ministère n'a pas commenté ces deux points à la date de publication.
Les prochains résultats comparables seront ceux du cycle PISA 2029, dont la publication interviendra en 2030. L'objectif fixé par le ministère sera mesurable à cette date.
