Par Élise Rochefort
L'expression « effondrement cognitif » s'est installée dans le débat public français à la suite de plusieurs séries de mesures convergentes chez les élèves. En mathématiques, l'enquête PISA 2022 attribue aux élèves français de 15 ans un score de 474 points, en baisse de 21 points par rapport à 2018 et de 31 points par rapport à 2012 — la plus forte baisse enregistrée depuis la création de l'enquête en 2000 ; la part d'élèves en difficulté en culture mathématique est passée de 22,4 % en 2012 à 29 % en 2022.
En orthographe, la DEPP fait dicter le même texte de 67 mots aux élèves de CM2 depuis 1987 : 10,7 erreurs en moyenne en 1987, 14,7 en 2007, 18 en 2015, 19,4 en 2021. En lecture, les tests de la Journée défense et citoyenneté 2024 (843 500 participants) classent 13 % des jeunes en difficulté, dont 6 % en situation d'illettrisme. TIMSS 2023 situe les élèves de quatrième à 479 points en mathématiques, sous la moyenne des pays participants de l'UE et de l'OCDE (507). Deux explications dominent le débat public : la première attribue la baisse à l'immigration, la seconde au déclin de l'Éducation nationale. Les recherches de référence — enquêtes scolaires, mais aussi grandes séries adultes détaillées par âge et par catégorie sociale — permettent d'examiner l'une et l'autre, puis de répondre à la question posée en titre : qui est le plus touché.
Ce que mesurent les études de référence
Le terme d'effondrement renvoie d'abord aux travaux sur le quotient intellectuel. En 2015, Richard Lynn et Edward Dutton ont conclu à une baisse de près de 4 points du QI moyen en France entre 1999 et 2009 — étude largement reprise dans la presse, mais fondée sur un échantillon de 79 personnes, que le chercheur Franck Ramus (CNRS-ENS) juge trop réduit pour établir une tendance. À l'échelle internationale, le QI moyen progresse encore, mais à un rythme ralenti : 2,4 points par décennie entre 1948 et 1985, 1,8 point entre 1986 et 2020, selon la synthèse de Polytechnique Insights. Des retournements avérés existent en revanche sur données massives, et trois études les documentent par âge et par catégorie sociale.
En Norvège, Bernt Bratsberg et Ole Rogeberg (PNAS, 2018) ont exploité les tests cognitifs de plus de 730 000 conscrits nés entre 1962 et 1991 : les scores culminent pour la cohorte née en 1975, puis reculent d'environ 0,2 point de QI par an. Leur résultat central : la baisse s'observe à l'intérieur des fratries — les frères cadets