Portable interdit, IA obligatoire : ce que la rentrée 2026 dit du numérique scolaire

Portable interdit, IA obligatoire : ce que la rentrée 2026 dit du numérique scolaire

Portable interdit dès la maternelle, IA obligatoire en seconde en 2027 : ce que la rentrée 2026 décide vraiment, et la question qu'elle laisse ouverte.

18 min de lecture

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Par Renaud Jacobs

Deux annonces ont été faites le même jour, le 25 août, lors de la conférence de presse de rentrée tenue au lycée Arago. La première : à compter du 1er septembre, les élèves suivent une scolarité complète sans téléphone portable, de la maternelle au lycée. La seconde, rapportée par les comptes rendus de la conférence : à compter de la rentrée 2027, l'intelligence artificielle deviendrait un enseignement obligatoire en classe de seconde.

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On a beaucoup relevé la contradiction apparente. Elle n'en est pas une : un usage privé subi et un objet d'étude encadré ne sont pas la même chose, et personne n'a jamais soutenu qu'interdire la cigarette dans la cour empêchait d'enseigner la chimie. Mais entre ces deux mesures il y a une question qui n'a pas été tranchée, et c'est celle qui décidera de tout : que veut-on exactement que les élèves sachent faire ?

J'enseigne depuis assez longtemps pour avoir vu passer plusieurs plans numériques. Celui-ci est le premier qui restreigne et qui prescrive en même temps. C'est ce qui le rend intéressant, et c'est ce qui le rend fragile.

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Première observation : l'interdiction est plus sérieuse qu'il n'y paraît

Il faut lire le texte plutôt que les commentaires. L'interdiction ne porte pas sur le téléphone mais sur « tout autre équipement terminal de communications électroniques » — montres connectées comprises, donc — dans l'ensemble des écoles, collèges et lycées, et pendant toute activité d'enseignement se déroulant hors de l'enceinte. Elle s'appuie sur l'article L. 511-5 du code de l'éducation et sur la circulaire du 10 juillet 2025 « Promouvoir un numérique raisonné à l'École ».

Le dispositif ménage des dérogations que les commentateurs oublient. Les élèves en situation de handicap ou souffrant d'un trouble de santé invalidant en sont exemptés de plein droit. Le règlement intérieur — celui de l'école comme celui du collège et du lycée — peut prévoir des exceptions pour les usages pédagogiques, le centre de documentation, la restauration ou l'internat. La confiscation ne peut se prolonger au-delà de la fin des activités d'enseignement de la journée. Les personnels sont tenus à un devoir d'exemplarité — clause modeste, mais dont je peux dire, pour l'avoir observé, qu'elle est la plus difficile à faire respecter.

Surtout, la mesure ne part pas de rien. Le dispositif « Portable en pause » existe dans les collèges depuis la rentrée 2025, et selon une enquête interne au ministère datée de janvier 2026, 28 % des lycées interrogés avaient déjà mis en place un dispositif équivalent avant même d'y être tenus. Ce chiffre est le plus instructif du dossier. Il indique qu'une partie du terrain n'attendait pas l'obligation, et qu'on généralise une pratique éprouvée plutôt qu'on n'impose une idée neuve. En matière scolaire, c'est rare, et cela augure mieux de l'application que la plupart des réformes descendantes.

La justification avancée est d'ailleurs sanitaire autant que pédagogique : le ministère invoque les effets de la surconsommation d'écrans sur l'attention, la concentration et « la construction de l'esprit critique », et met à disposition des familles un jeu de repères par âge ainsi qu'un guide de parentalité numérique. Le Clémi a publié de son côté un guide destiné aux parents et aux éducateurs. Ces ressources sont sérieuses, et personne ne les lira si l'établissement ne s'en saisit pas.

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Deuxième observation : la mesure la plus intéressante ne concerne pas les élèves

Elle est passée à peu près inaperçue, et c'est celle que je retiens.

Le ministère instaure ce qu'il appelle une forme de « droit à la déconnexion » : les mises à jour dans les environnements numériques de travail et les logiciels de vie scolaire sont suspendues le soir, de 20 heures à 7 heures, et du vendredi 20 heures au lundi 7 heures. Autrement dit, l'institution cesse de notifier hors du temps scolaire. Le même texte impose que le projet d'école ou d'établissement comporte désormais un volet sur l'usage des technologies numériques et sur la sensibilisation au caractère addictif des réseaux sociaux.

Il faut mesurer ce que cela reconnaît. Depuis quinze ans, le discours public attribue la charge attentionnelle des élèves aux plateformes privées — réseaux sociaux, jeux, vidéos courtes. La circulaire admet ici, sans le dire, que l'école produit sa propre part de cette charge : la note tombée à 22 heures, le devoir déposé le dimanche, le cahier de textes qui se recharge en continu. Ce n'est plus une critique de l'industrie de l'attention, c'est un examen de conscience.

J'ajoute une observation qui vaut ce qu'elle vaut : dans mon expérience, les familles qui souffrent le plus de la connexion permanente ne sont pas celles dont les enfants jouent, mais celles qui vérifient les notes. L'outil de suivi scolaire est devenu un objet d'anxiété domestique. Une suspension nocturne ne réglera pas cela, mais elle nomme le problème, ce qui est déjà un progrès.

Troisième observation : l'IA obligatoire pose une question de contenu, pas de principe

Précaution d'abord : l'annonce d'un enseignement obligatoire d'intelligence artificielle en seconde à la rentrée 2027 provient des comptes rendus de la conférence de presse. Je ne l'ai retrouvée ni sur la page de présentation de l'année scolaire, ni sur celle consacrée au numérique, et le dossier de presse demandera vérification. Il faut donc la tenir pour annoncée, non pour documentée, et attendre le texte.

Sur le principe, je n'ai pas d'objection, et je me méfie de ceux qui en ont d'emblée. On enseigne bien la statistique sans que les élèves deviennent statisticiens. Le problème est ailleurs : sous le mot « intelligence artificielle », trois enseignements très différents peuvent tenir, et on n'a pas dit lequel.

Le premier serait technique : comment fonctionne un modèle de langage, ce

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Lalaina Andriamparany

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