Il a suffi de six mois de contrôles sérieux pour découvrir 13 milliards de dollars de fraude présumée dans les marchés publics américains. Combien en trouverait-on en France, où personne n’a jamais lancé l’équivalent ?
La General Services Administration (GSA), centrale d’achat de l’État fédéral, a annoncé le 25 août avoir identifié plus de 13 milliards de dollars de fraude présumée de contractants fédéraux depuis le lancement, en mars 2026, de la task force anti-fraude de la Maison-Blanche. Un record. Dans la foulée, le ministère de la Justice a créé un centre national de détection. Un rapport du GAO estime par ailleurs que 92 % des dépenses des vingt plus grands programmes fédéraux gérés par les États présentent des risques de fraude non traités.
Un chiffre spectaculaire mais encore difficile à vérifier
Le 25 août, la GSA a annoncé un « record » historique : plus de 13 milliards de dollars de fraude présumée détectés depuis mars 2026, dans le cadre de la Task Force de la Maison-Blanche dédiée à l’élimination de la fraude. L'agence dit avoir croisé les données de marchés publics, les signalements du public et les informations issues des inspecteurs généraux. Les investigations portent notamment sur les dépenses liées au Covid, les programmes réservés aux petites entreprises, les conflits d’intérêts, les ententes sur les appels d’offres et les fausses déclarations.

Mais certaines zones d’ombre demeurent. Les exemples publiquement associés à cette annonce concernent seulement deux dossiers, totalisant environ 117 millions de dollars d’allégations. Les règlements correspondants atteignent 29 millions de dollars. Surtout, ces affaires ont été conclues avant mars 2026, et l’une d’elles remonte à des faits antérieurs à l’administration Trump. La GSA n’a pas détaillé publiquement la composition des 13 milliards annoncés.
Conflits d’intérêts et détournement des marchés réservés
Les dossiers cités donnent néanmoins une idée des mécanismes surveillés. Sierra Nevada Corp. a accepté de payer 7,75 millions de dollars pour régler des accusations liées à un conflit d’intérêts impliquant un consultant ayant travaillé pour le département de la Défense. Dans un autre dossier, Broadway Electric et Cornerstone Contracting ont reconnu avoir utilisé une petite entreprise éligible pour accéder à des marchés réservés aux entreprises détenues par des anciens combattants handicapés. Le règlement a atteint 21,3 millions de dollars, dont 3,7 millions destinés aux lanceurs d’alerte.

Washington vient parallèlement de renforcer son dispositif judiciaire avec une structure nationale consacrée à la détection et à la poursuite des fraudes. Le signal politique est clair : l’argent public devient une cible prioritaire du contrôle algorithmique et administratif.
Le véritable enseignement n’est peut-être pas le montant de 13 milliards. C’est la capacité d’un État à chercher systématiquement ce qui, auparavant, restait invisible.

Ces affaires n'ont pas été révélées par un contrôle exceptionnel, mais par un croisement de données déjà existantes. En France, où aucune structure équivalente n'a jamais été lancée pour scruter systématiquement la commande publique, combien de montages similaires prospèrent sans que personne ne les cherche ?


