Les écoliers français reçoivent leur liste de fournitures ; leurs parents reçoivent leur liste d'interdictions. C'est la rentrée, et la République a bien travaillé cet été : trois textes en un mois. Se baigner, téléphoner, acheter un chiot — trois gestes de moins. Le cartable de l'homme libre s'allège d'année en année.
Reprenons le pack, mes chers libertariens de l'Absurdistan, pièce par pièce.
Depuis le 2 août, nager sous drapeau rouge coûte 68 euros, tarif unifié sur tout le territoire. Comprenez bien la mécanique : on ne vous facture pas le sauvetage, on vous facture le risque. Vous n'avez noyé personne, vous n'avez gêné personne — vous avez mis en danger quelqu'un que l'État aime plus que vous ne l'aimez : vous-même. Votre corps est un bien public qui nage sans autorisation.
Depuis le 11 août, le démarchage téléphonique est interdit sauf consentement préalable — jusqu'à 375 000 euros d'amende pour l'entreprise qui compose votre numéro sans votre bénédiction écrite. Que les vendeurs de pompes à chaleur aient rendu le dîner français invivable, personne ne le conteste. Mais admirez l'élégance : le seul démarcheur encore autorisé à vous appeler sans consentement, c'est l'administration. Elle, ce n'est pas du démarchage. C'est de l'accompagnement.
Depuis le début d'août enfin, un décret arme d'une amende de 1 500 euros l'interdiction de vendre chiens et chats en animalerie. Interdiction qui existait, notez-le, depuis janvier 2024 — mais sans sanction. Pendant deux ans et demi, la France a vécu sous une interdiction décorative, une interdiction d'apparat, comme d'autres pays ont une garde royale. Il a fallu un été entier de la meilleure ingénierie juridique pour visser l'amende sur le panneau. Godverdomme, quel artisanat.
Trois textes, trois protections. Protégé de la mer, protégé du téléphone, protégé du chiot. Posez la question au bureaucrate absent : qui a demandé tout cela ? Les noyés ? Ils ne votent plus. Les démarchés ? Ils avaient déjà le droit de raccrocher. Les chiots ? On ne les a pas consultés. Personne n'a rien demandé, et c'est précisément le génie du système : l'État tuteur n'attend pas la demande, il la devine. Il vous protège comme on borde un enfant — fermement, et sans lui demander s'il dort.
Remarquez la symétrie inversée, mes chers lecteurs sans tableur. L'État qui vous inflige 68 euros pour avoir mal évalué un courant marin est celui-là même qui a mal évalué son propre déficit de quelques milliards — et qui ne s'inflige rien. Le risque que vous prenez avec votre corps est une infraction ; le risque qu'il prend avec votre argent est une trajectoire pluriannuelle.
Alors profitez de la rentrée, amis libertariens. Faites vos exercices : ne nagez pas, ne répondez pas, n'achetez rien qui respire. Et préparez la liste de l'an prochain, car la logique est enclenchée et elle ne connaît pas les vacances : quand l'État aura fini de vous protéger de tout ce que vous pourriez faire, il lui restera à vous protéger de tout ce que vous pourriez vouloir. Ce jour-là, la liste des fournitures tiendra en une ligne : un citoyen, bien bordé, qui ne demande rien.

