Par Vincent Clairmont
Demain, quatre millions d'entreprises françaises entrent dans une obligation légale : recevoir leurs factures par une plateforme agréée par l'administration fiscale. Sept de ces plateformes au moins leur proposent de le faire pour zéro euro. Et nous vous rappelons notre Guide comparatif des plateformes !
Indy, Dougs, Qonto, Tiime, Abby, Odoo, Shine : émission, réception, et pour plusieurs d'entre elles l'e-reporting et l'archivage, sans abonnement. Ce ne sont pas des offres d'essai. Indy annonce le gratuit « toujours » après septembre 2026 ; Dougs le propose « sans limite de volume et sans obligation d'achat ». Il ne s'agit pas de logiciels d'appoint : ce sont des opérateurs immatriculés par la DGFiP, seuls habilités à transmettre une facture à une autre plateforme et à remonter les données à l'État.




La légende s'écrit toute seule, et beaucoup l'écrivent déjà. Si le service est gratuit, c'est que le produit est ailleurs. Et le produit, ici, serait la donnée la plus intime qu'une entreprise possède : ses clients, ses fournisseurs, ses prix unitaires, ses délais de paiement, sa saisonnalité, ses marges. Aucun bilan déposé au greffe ne dit cela. Une plateforme de facturation le sait ligne à ligne, en temps réel, avant l'expert-comptable et avant le banquier.
Les faits que l'on peut vérifier ne calment pas l'inquiétude. L'État a renoncé le 15 octobre 2024 au portail public gratuit qu'il avait promis, et ne conserve qu'un annuaire et un concentrateur fiscal : le passage par un opérateur privé est obligatoire, y compris pour recevoir. Cent quarante-sept immatriculations figuraient sur la liste DGFiP du 19 août 2026, pour cent quarante-cinq opérateurs distincts. Sur les cent vingt-sept immatriculées au 5 mai, cinquante-deux seulement annonçaient être capables d'émettre au 1er septembre, et dix-sept avaient effectivement émis des factures réelles pendant le pilote. Deux candidats de 2024 ont disparu des listes sans explication publique. Et le 24 août, le ministre chargé des comptes publics annonçait qu'« il n'y aura aucune sanction pour aucune entreprise » d'ici la fin de l'année, sans qu'aucun texte ne fixe cette tolérance.
Un service obligatoire, un fournisseur privé imposé, un prix de zéro, et un régulateur qui suspend ses propres sanctions. On comprend que la question se pose.
Les chiffres du marché sont publics. Ce qu'ils montrent ne ressemble ni à la concurrence annoncée, ni au dessein que l'on redoute.







