Par Vincent Clairmont — Feuilleton « Le fichier de Bercy », épisode 3


85 % des ETI et grandes entreprises françaises ont subi au moins une tentative de fraude l'an dernier ; 60 % des PME. La fraude au faux fournisseur concentre à elle seule 45 % des cas recensés (baromètre fraude 2026). Et selon Cybermalveillance.gouv.fr, la fraude au virement bancaire a progressé de 93 % chez les professionnels entre 2024 et 2025. Ces chiffres décrivent la France avant la facturation électronique obligatoire. C'est la base de référence.
La légende du troisième épisode est la plus cinématographique : le fichier central sera braqué. Un groupe de rançongiciels percera l'un des coffres, dix millions d'entreprises verront leurs IBAN, leurs marges et leurs carnets de clients vendus au marché noir, et l'État qui a rendu le dispositif obligatoire ne remboursera personne. Le casse du siècle, version Bercy.
Les faits disponibles donnent l'échelle sans donner le film. Le coût moyen d'une violation de données en France s'établit à 3,59 millions d'euros par entreprise touchée en 2025, selon le rapport annuel d'IBM — 4,65 millions dans les services financiers. 40 % des tentatives de fraude aboutissent à une perte réelle ; 30 % seulement des entreprises sont assurées contre ce risque (Daf-Mag). Aucune cotation, en revanche, n'existe pour un actif qui n'a jamais été volé : un fichier consolidé de facturation nationale.
La vraie question n'est donc pas celle que pose la légende. Elle est comptable : le casse a-t-il seulement besoin d'avoir lieu ? L'arithmétique du fraudeur, pièces en main, ne ressemble pas au film — elle est plus inquiétante par un bout, plus rassurante par l'autre.

