Par Thibault de Varenne
François Bayrou cherche un candidat unique pour le centre en 2027, et croit l'avoir trouvé : Thierry Breton, jamais élu à rien, adoubé de salon en salon. Ce n'est pas une candidature qui se prépare — c'est une succession. Et le pays, dans cette affaire, n'est même pas évoqué.
François Bayrou a trouvé le candidat du centre pour 2027, et ce n'est pas lui. C'est Thierry Breton. L'homme de Pau en fait la promotion depuis la fin de l'été, avec Élisabeth Borne et Hervé Marseille en caution, au nom d'une « candidature unique des démocrates » qui doucherait les ambitions de MM. Philippe et Attal. L'argument de vente tient en une phrase : Breton serait « un des rares dirigeants européens à avoir tenu tête à Trump et à Poutine ». L'intéressé se dit « très honoré ». Il ne se déclare pas. On le comprend : dans ce monde-là, on ne se déclare pas, on est désigné.
Arrêtons-nous sur la phrase de M. Bayrou, car elle dit tout. On y cherche la France ; on n'y trouve que Bruxelles. On y cherche un projet ; on n'y trouve qu'une posture, et une posture de commissaire. Tenir tête à Trump et à Poutine : voilà donc ce qui qualifie un homme à gouverner les Français. Pas les urgences fermées de Sainte-Foy-la-Grande, pas les 3 482 milliards de dette, pas l'école sans cap ni les préfectures qui produisent chaque jour quatre cents obligations de quitter le territoire dont neuf sur dix resteront lettre morte. Le centre ne présente pas un candidat au pays ; il présente un curriculum à ses pairs.
Le curriculum, justement, mérite un regard. Thierry Breton a dirigé France Télécom, Thomson, Atos. Il a été ministre des Finances par nomination, commissaire européen par nomination, et il est aujourd'hui, par décision de Washington, interdit de séjour aux États-Unis — sanctionné en décembre dernier par l'administration Trump pour son zèle régulateur envers les plateformes. Toute une vie au sommet, et pas une élection. Pas une campagne, pas un mandat local, pas un suffrage. On voudrait nous présenter cela comme une force ; on s'y emploie ; on y consacre des tribunes. Mais un homme qui n'a jamais été élu à rien, proposé par un homme qui a échoué trois fois à l'être à la présidence, cela ne fait pas une candidature. Cela fait une succession.
Politico, dans son Playbook du 25 août, aurait glissé que l'ancien commissaire a passé une partie de ses vacances sur le yacht de Bernard Arnault. Je donne cette rumeur pour ce qu'elle est : un bruit de couloir bruxellois, que rien ne confirme à cette heure, et qu'il serait malhonnête d'affirmer. Mais observons ce qu'elle révèle, précisément parce qu'elle est invérifiée : personne, en la lisant, n'a haussé un sourcil. Qu'un candidat pressenti du bloc central estive chez le premier capitaliste de connivence du pays, cela ne surprend plus personne — et c'est cette absence de surprise qui constitue le fait politique. La rumeur est peut-être fausse. Sa vraisemblance, elle, est parfaitement établie.
Soyons juste avec M. Breton, car l'objection mérite d'être entendue. C'est un homme compétent. Il a réellement dirigé des entreprises, ce qui le distingue de la génération de communicants qui l'entoure ; il connaît l'industrie, les chiffres, les rapports de force. Dans une classe politique qui a fait de l'inexpérience une carrière, ce n'est pas rien. Mais la compétence n'est pas la question. La question est de savoir ce qu'est une candidature : une demande adressée au pays, ou une offre arrangée entre soi. Le bloc central a cessé de faire la différence. Il ne cherche pas un homme qui convainque les Français ; il cherche un homme qui rassure le système — les marchés, les chancelleries, la Commission. Il ne prépare pas une élection. Il prépare une transmission de bail.
Mon directeur de la publication écrivait récemment que le macronisme et ses variantes sont des défaitismes — la croyance, sincère et d'autant plus grave, que la France ne peut plus rien par elle-même et qu'il faut confier la suite à plus grand qu'elle. La candidature Breton, telle que M. Bayrou la rêve, est ce défaitisme fait homme : un Français dont toute la légitimité est extérieure à la France. Bruxelles l'a fait commissaire, Washington l'a fait martyr, et l'on voudrait que cela suffise à le faire président. Le pays, dans cette affaire, n'est pas consulté. Il n'est même pas évoqué.

M. Bayrou aura passé quarante ans en politique pour aboutir à ceci : chercher un monarque de rechange pour un trône qui se dérobe. Il y a quelque chose de mélancolique à voir le vieux démocrate-chrétien, l'homme qui invoquait jadis le pays profond contre les appareils, achever sa course en directeur de casting. Le centre avait une idée, autrefois : que la France se gouverne au plus près d'elle-même. Il ne lui reste qu'une méthode : que la France soit gouvernée par ceux qui la connaissent de loin — du large, dirait-on, si la rumeur disait vrai.
Reste une question, et je la laisse ouverte. Si le bloc central persiste à choisir ses candidats comme on coopte un administrateur, qui donc, en 2027, parlera aux Français de la France ? Ceux qui hurlent s'en chargeront. Ce sera leur revanche, et notre châtiment.
