Le 1er septembre au soir, une patiente de 46 ans atteinte d'un cancer du cerveau à un stade avancé a attendu plus de huit heures aux urgences du CHU Gui de Chauliac, à Montpellier. Incapable de tenir assise, elle est installée sur un matelas posé au sol, sur le parking, faute de brancard disponible. Elle ne rejoindra un service de neurologie que le lendemain à 18 heures. Dans un pays qui consacre 11,4 % de son PIB à la santé, l’hôpital public répond désormais à ce type de drame par une formule devenue classique : « la situation fait l’objet d’une analyse ».
Quatorze heures d’attente aux urgences, zéro brancard disponible, une direction qui se contente « d’analyser ». Le monopole administré de l’hôpital public ne produit plus que de la pénurie organisée et de l’indifférence institutionnelle.
Une malade au sol, l’hôpital saturé
Arrivée vers 20h30 après une séance de radiothérapie, la patiente souffrait de douleurs intenses et ne peut pratiquement plus marcher. Les urgences sont saturées. On lui annonce quatre à cinq heures d’attente. Faute de brancard disponible, sa fille va chercher un matelas, une couverture et un coussin chez des proches et l’installe sur le parking.

Elle ne sera finalement placée sur un brancard qu’à 4h40, sans couverture, sous la climatisation. L’IRM, initialement annoncée plus tôt, n’a lieu qu’à 10 heures. Le déjeuner intervient à 15 heures et le transfert en neurologie à 18 heures.
333 milliards de dépenses, mais toujours « à bout de souffle »
Alors que la France dépense 333 milliards d’euros par an pour sa santé. Les soins hospitaliers représentent à eux seuls environ 120,8 milliards d’euros, dont 93,7 milliards pour l’hôpital public. Les dépenses hospitalières publiques ont encore progressé en 2024, tandis que les dépenses de santé représentent désormais 11,4 % du PIB.

Le problème n’est donc pas simplement celui d’un manque abstrait d’argent. C’est celui de l’organisation, de la capacité à transformer des ressources considérables en disponibilité réelle au moment où le patient en a besoin. Le système fonctionne avec ses propres contraintes administratives, ses effectifs sous tension et ses flux saturés, tandis que la responsabilité se dilue entre direction, agences sanitaires, tutelles et ministère.

Le CHU de Montpellier assure rester « pleinement à l’écoute » de la patiente et de ses proches et indique que la situation fait l’objet d’une « analyse approfondie ». Formule prudente, après le dysfonctionnement vient l’audit, après l’audit viendra probablement le rapport, et après le rapport une nouvelle série de recommandations.
Lits fermés, personnel en sous-effectif chronique, files d’attente structurelles : le rationnement n’est pas une dérive, c’est le produit direct d’un modèle centralisé qui interdit toute concurrence réelle et toute responsabilité financière. Pendant que les élites multiplient les plans « Ségur », les patients cancéreux dorment dehors.


