Par Vincent Clairmont
Le SP95-E10 s'affichait à 2,069 € le litre en moyenne nationale le 3 septembre, le gazole à 2,228 € (données du ministère de l'Économie). Le Brent cotait entre 97 et 100 dollars le 8 septembre, contre 89 le 30 août, après la reprise des combats autour d'Ormuz. L'euro vaut 1,16 dollar. La question d'un lecteur, reçue trois fois cette semaine sous des formes différentes : à quoi ressemble la France à 2,40 € ?
Ma réponse tient en une phrase : elle ne ressemblera pas à 2022, parce que l'État n'a plus les moyens de 2022. Le reste est arithmétique.
D'abord, le seuil
Passer de 2,07 à 2,40 €, c'est 33 centimes TTC, soit 27,6 centimes hors TVA. Sur un baril de 159 litres, cela représente 44 euros, ou 51 dollars au change actuel. Toutes choses égales par ailleurs — marges de raffinage et de distribution, accises inchangées, euro à 1,16 —, il faut donc un Brent installé autour de 145 à 150 dollars. Ce n'est pas une hypothèse d'école. Le baril a touché 119 dollars en mars. En juin 2022, avec un Brent à 120 dollars et un euro tombé à 1,05, le litre d'E10 dépassait 2,25 € hors remise de 18 centimes. Si l'euro reculait à nouveau vers 1,05, la barre des 2,40 € tomberait vers 130 dollars. Autrement dit : 2,40 € exige un choc, pas un miracle. Et il faut compter deux à six semaines de délai entre le baril et la pompe — ce qui cote aujourd'hui à 100 dollars n'est pas encore entièrement dans les prix affichés.
Trois mécanismes décrivent ensuite ce que ce niveau change.
Premier mécanisme : la facture des consommateurs
La France a consommé 47,5 milliards de litres de carburants routiers en 2025 (15,6 d'essence, 32 de gazole, en baisse de 0,6 %). Si l'essence et le gazole montent ensemble de 33 centimes, la ponction annuelle sur l'économie approche 16 milliards d'euros, dont la majeure partie sur les ménages. Pour un automobiliste qui roule 15 000 km à 6,5 litres aux 100, c'est 320 euros par an. Le point de