2027 ? les indécis feront le nouveau Président...

2027 ? les indécis feront le nouveau Président...

58 % des Français ne citent aucun nom pour 2027. Ces « persuadables » donneront la prime aux machines numériques et aux idéologies épaisses.


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Par Eric V.

58 % des Français ne citent aucun nom pour 2027. Ces indécis, Cambridge Analytica les appelait les « persuadables » — et en avait fait sa cible unique en 2016. Jamais le gisement français n'a été aussi gros. Jamais le jeu n'a été aussi ouvert.

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Trois chiffres, un seul sondage — la question ouverte d'Odoxa pour Le Figaro, sans liste de noms sous les yeux : 58 % des Français ne citent personne comme président souhaité, 78 % veulent une rupture, 27 % seulement savent pour qui ils voteront.

Ce dernier chiffre mérite une comparaison. Fin 2021, à un an du scrutin de 2022, l'enquête Cevipof-Ipsos trouvait 45 % d'électeurs certains d'aller voter mais susceptibles de changer de choix — donc une grosse moitié de votes arrêtés. Nous sommes à 27 %. En un cycle, la part des votes fixés a fondu de moitié. Christopher Wylie, l'homme qui a fait tomber Cambridge Analytica, appelle ces électeurs flottants les « persuadables » : ni acquis, ni perdus, à prendre. En 2016, ils représentaient quelques points de l'électorat américain, concentrés dans trois États — et 77 744 voix y ont fait la présidence. En France, ils sont devenus le corps électoral majoritaire.

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Qui encaisse la prime ? Ceux qui ont investi là où vivent les persuadables. Le métier de Cambridge Analytica — 87 millions de profils Facebook, segmentation psychologique type OCEAN ou HEXACO, message calibré sur la fêlure de chacun, mobilisation des siens, démobilisation d'en face — n'a pas disparu avec la firme. Il s'est banalisé, industrialisé, démocratisé par l'IA générative. Trump l'avait compris dès 2015, quand sa candidature faisait rire les dîners en ville. En France, un seul appareil politique a construit cette machine depuis dix ans : celui qui fait de Bardella la première personnalité du pays sur TikTok et qui truste, sans surprise, les seules réponses spontanées du sondage Odoxa — Le Pen 10 %, Bardella 7 %.

Contre-épreuve : Édouard Philippe. Notoriété maximale, profil de rassembleur, dix ans de premier plan — et 4 % de citations spontanées, des intentions de vote en recul de 4 points depuis mars. Une campagne de notables, pensée pour les éditorialistes, invisible là où le choix se fabrique. Les persuadables ne lisent pas les tribunes.

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Et c'est ici que le jeu s'ouvre vraiment. Un électorat aux deux tiers flottant ne donne pas la prime au centre mou : l'indécis ne se rallie pas à une nuance, il se cristallise sur une offre — nette, épaisse, reconnaissable en trois secondes d'écran. Mélenchon progresse de 3,5 points en quatre mois, se tient à portée de la deuxième place, avec l'autre vraie machine numérique du pays et une idéologie qui a réponse à tout. On le donne broyé en duel face à Le Pen, 32,5 contre 67,5 — mais dans ce même scénario, six électeurs du centre sur dix s'abstiennent. Un premier tour à quatre candidats entre 14 et 19 %, un second tour où la participation fait tout : je ne dis pas que c'est probable, je dis que cela ne demande plus aucun miracle.

58 % de Français sans candidat en tête, ce n'est pas de l'apathie. C'est un stock. Et un stock, en politique comme ailleurs, appartient à celui qui vient le chercher — pas à celui qui le mérite.

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