Ukraine, Iran : quels sont les risques de dégradation et d'accélération des conflits ?

Ukraine, Iran : quels sont les risques de dégradation et d'accélération des conflits ?

Ukraine, Iran, mer Rouge : trois façons pour une guerre de grandir. Le risque d'embrasement mondial est faible ; celui d'extension et d'accélération, déjà là

22 min de lecture

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Par Thibault de Varenne

Le 13 septembre, un drone russe a frappé la locomotive d'un train ukrainien à cinq kilomètres de la frontière polonaise. Des responsables européens étaient à bord, dont un ancien premier ministre britannique, qui rentraient d'une conférence à Kiev. Le 16 au soir, un drone venu du Yémen a été abattu au sud de La Mecque, avant d'entrer dans l'espace aérien interdit qui entoure la ville sainte. Quatre mille kilomètres séparent ces deux engins. Ils posent la même question, et c'est celle du titre : ces deux guerres peuvent-elles s'aggraver, s'accélérer, se rejoindre — et jusqu'où ?

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Je vais essayer d'y répondre proprement, c'est-à-dire en distinguant, parce que le mot « escalade » recouvre trois choses qui ne se ressemblent pas. Mais il faut d'abord poser le terrain, pour le lecteur qui ne suit pas ces dossiers chaque matin.

Où en est-on, en Ukraine

La guerre entre dans son cinquième hiver, et la première chose à dire est que les deux camps décrivent deux fronts différents. Kiev affirme avoir repris cette année 745 kilomètres carrés dans la région de Dnipropetrovsk — vingt-six localités, a dit le président ukrainien le 12 août — puis, à la mi-septembre, 85 kilomètres carrés autour de Lyman, dans le Donbass, selon son 3e corps d'armée, dont le commandant parle d'une « pince nord » russe « défaite ». Moscou dit l'inverse. Le 28 juillet déjà, l'état-major d'un régiment de la 25e armée russe annonçait « nettoyer et consolider » Lyman même. Le 31 août, un analyste russe publié par RT tenait les 745 kilomètres carrés pour une opération de communication, la plupart des localités « libérées » montrant selon lui des images récentes de troupes d'assaut russes. Le 19 septembre, un expert militaire cité par TASS rapportait de « nouvelles lignes » prises à l'est et au sud-est de Droujkivka. Un lecteur honnête ne peut pas trancher entre ces deux cartes : chacune est dessinée par un belligérant, et le seul arbitre que la presse du Sud cite régulièrement est un institut de Washington, qui n'est pas plus neutre que les deux autres.

Ce que l'on peut dire tient en trois points que les deux camps admettent. D'abord, la « ceinture de forteresses » — Sloviansk, Kramatorsk, Droujkivka, les villes qui verrouillent le cinquième du Donetsk que l'Ukraine tient encore — n'est pas tombée : l'analyste de RT la décrit lui-même comme « le dernier bastion » que le nouveau commandant en chef ukrainien a ordre de tenir « à tout prix ». Ensuite, le rythme russe s'est effondré par rapport à l'an dernier. En décembre 2025, le chef d'état-major russe revendiquait 6 300 kilomètres carrés conquis dans l'année ; en 2026, les communiqués de Moscou annoncent des villages, des « lignes » et des « positions », et l'analyste de RT concède que l'offensive ukrainienne du printemps « a ralenti l'avance russe » et « retardé les événements décisifs » autour de Zaporijjia. Enfin, chacun affirme que l'offensive de l'autre a échoué, ce qui est la définition exacte d'un front qui ne bouge plus. Le président russe s'était fixé le 31 décembre pour prendre la ceinture ; c'est sa quinzième échéance depuis 2022. Et le Kremlin a démenti cette semaine préparer une mobilisation de 300 000 hommes d'ici la fin de l'année.

Là aussi, il faut relire ce que nous avons écrit, y compris ce qui a vieilli. Le 13 juin, je notais que les communiqués russes, à force de préciser qu'ils avançaient malgré l'adversaire, trahissaient une mécanique qui s'enraye. Le 18 juillet, je relayais — en les qualifiant de communiqués — les annonces d'une progression méthodique sur l'axe de Sloviansk et dans la région de Soumy, et je parlais d'un front qui glisse. Le 10 septembre, je concluais que la Russie n'avait pas gagné parce qu'elle n'avait pas pris ce qu'elle a inscrit dans sa Constitution, et qu'elle avançait — lentement, mais qu'elle avançait. Deux mois séparent le front qui glisse du front qui ne bouge plus, et c'est l'été qui les sépare : les annonces de juillet, à l'échelle où elles étaient faites, n'ont pas été confirmées par les cartes russes elles-mêmes. Je préfère le dire que le laisser deviner.

Ce qui change n'est pas la ligne de front, c'est ce qui vole au-dessus. Kiev affirme que la Russie a lancé environ 2 100 drones et 78 missiles en une seule semaine de septembre — chiffre ukrainien, donc à prendre comme tel. Une part croissante de ces drones sont à réaction, plus rapides que les engins à hélice ; l'Ukraine dit en intercepter neuf sur dix quand ils sont à hélice, six sur dix quand ils sont à réaction. Les Nations unies comptent 1 396 civils tués au premier semestre, en hausse de 37 % sur un an. Et l'on a enregistré ce mois-ci le premier cas documenté d'un drone d'attaque entièrement autonome, guidé par un calculateur embarqué qui choisit sa cible et frappe sans opérateur.

En sens inverse, l'Ukraine a frappé 26 raffineries russes depuis janvier, huit dans la seule semaine passée, en visant les unités de distillation qui demandent des mois de réparation. Diverses estimations évaluent à 30 % la capacité de raffinage russe mise hors service ; la gouverneure de la banque centrale russe a reconnu que l'inflation de l'été venait « d'abord de la situation sur le marché des carburants ». Le 1er septembre, le président ukrainien a déclaré que « les jours sûrs dans le ciel russe sont terminés », visant toute compagnie aérienne qui traverse l'espace russe. Le président russe a répondu que c'était « un pas vers le terrorisme d'État » et qu'il n'y aurait « pas de négociations avec des terroristes ».

Les négociations existent pourtant. L'envoyé américain a affirmé cette semaine qu'un accord entre Washington et Moscou était « largement préparé », et que l'obstacle était le refus de Kiev de céder le cinquième du Donetsk qu'elle tient encore. Moscou demande cette cession plus une zone démilitarisée au-delà. Jeudi, le Congrès américain a voté des sanctions dites secondaires — c'est-à-dire frappant non la Russie mais ceux qui lui achètent son pétrole et son gaz, Chine et Inde au premier rang.

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Où en est-on, avec l'Iran

La guerre a commencé le 28 février par des frappes américaines et israéliennes sur Téhéran. Elle devait durer quelques jours ; elle en est à son septième mois. L'Iran a répondu en frappant des cibles américaines au Koweït, à Bahreïn, en Jordanie, à Oman, et en fermant de fait le détroit d'Ormuz — le goulet par où passait avant-guerre un cinquième du pétrole et du gaz liquéfié mondiaux.

En juin, un mémorandum d'entente négocié par le Pakistan et le Qatar a prolongé un cessez-le-feu : l'Iran déminait Ormuz et laissait passer les navires ; les États-Unis levaient leur blocus naval et leurs sanctions. Le texte a tenu moins de deux semaines, chacun accusant l'autre de l'avoir rompu, et il est venu à expiration en août. Le 31 août, les forces américaines ont attaqué l'île de Larak, dans le détroit ; l'Iran a riposté sur deux bases en Jordanie. Le lendemain, à Bichkek, le président iranien disait que Téhéran reviendrait au mémorandum si Washington y revenait. Le 17 septembre, le président américain affirmait avoir parlé « directement » à l'Iran et être « vers la fin de la guerre » ; le secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale iranien répondait qu'il n'y aurait pas de pourparlers tant que les conditions iraniennes ne seraient pas remplies. Ni guerre déclarée, ni paix : un cessez-le-feu qui ne cesse pas le feu.

Ce journal ne découvre pas cette durée. Le 8 juin, au lendemain de la reprise des frappes, j'écrivais qu'une trêve qui ne traite pas les causes ne suspend pas la guerre mais la met au repos. Le 17 juin, jour de la signature du mémorandum, que la trêve tiendrait probablement ses soixante jours et qu'elle ne deviendrait pas une paix ; le 20, que ces soixante jours ressemblaient moins à une convalescence qu'à un sursis. Le 23 juillet, qu'une guerre entre deux États était en train de devenir la guerre d'un État contre sa région, et que les guerres qui franchissent ce seuil ne reviennent pas d'elles-mêmes en deçà. Le 1er septembre, que l'Iran s'était organisé pour une guerre longue et fragmentée là où ses adversaires avaient bâti des appareils faits pour des guerres courtes. Je ne rappelle pas ces dates pour m'en prévaloir. Je les rappelle pour que le lecteur puisse vérifier, pièce par pièce, ce qui tenait — et ce qui ne tenait pas. Car une chose ne tenait pas. Le 3 juillet, le baril sous quatre-vingt-dix dollars, j'écrivais que le monde n'avait pas tremblé quand Ormuz s'était fermé, et qu'on ne fermait plus un marché. Le marché a tenu tant qu'il restait une seconde route. Depuis que la route de la mer Rouge a été frappée à son tour, il tremble. Je m'étais trompé sur la marge, non sur le mécanisme : ce n'est pas un détroit qui fait un choc, c'est le second.

Un rapport de l'inspection générale du Pentagone, publié cette semaine, chiffre les quatre premiers mois à 33 milliards de dollars, dont 22 milliards de munitions consommées, une trentaine au moins de drones Reaper — les grands appareils de surveillance et de frappe — perdus, et reconnaît des « goulets d'étranglement » dans le réapprovisionnement. C'est un document américain, pas une source du Sud, mais c'est une pièce comptable et non un communiqué.

Et puis il y a le troisième théâtre, celui que les deux autres ont fait naître. Entre le 10 et le 12 septembre, les Houthis — le mouvement issu du zaydisme, branche du chiisme propre au nord du Yémen, qui tient Sanaa depuis 2014 et qui est l'allié de Téhéran sans en être la marionnette — ont pris Moka, puis l'île de Mayoun, puis toute la côte yéménite de la mer Rouge. Ils tiennent donc physiquement Bab el-Mandeb, le détroit qui commande l'accès à Suez et la route par laquelle l'Arabie saoudite exportait son brut en contournant Ormuz. Depuis juillet, ils ont décrété un blocus de la navigation saoudienne, frappent les bases et les terminaux du royaume, et affirment avoir abattu un F-15 saoudien — revendication de belligérant. Téhéran a salué un « triomphe divin ». Le baril a repassé les cent dollars. Et Washington, sollicité deux fois par Riyad pour frapper le mouvement selon des informations reprises par Al Jazeera, a refusé, tout en recevant des émissaires houthis dans son ambassade à Mascate.

Voilà le terrain. Trois foyers, deux détroits fermés ou menacés, un garant qui compte ses munitions.

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Trois façons pour une guerre de grandir

Le 18 juillet, dans ces colonnes, j'avais distingué trois pentes possibles pour ces deux guerres — l'accord, la conflagration, le pourrissement — et tenu la troisième pour la plus probable, parce qu'elle ne demandait de décision à personne. Deux mois plus tard, c'est bien celle-là que nous descendons. Mais « pourrissement » est un mot de moraliste, non d'analyste, et il faut le décomposer. On confond, sous le mot d'escalade, trois mouvements distincts, et l'on ne peut évaluer un risque qu'après les avoir séparés.

12 millions d'euros d'argent public pour les migrants, partis dans l'immobilier marocain, sénégalais et mauritanien
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12 millions d'euros d'argent public pour les migrants, partis dans l'immobilier marocain, sénégalais et mauritanien

Près de 12 millions d’euros destinés notamment à l’hébergement de demandeurs d’asile auraient été détournés via des sociétés écrans avant de financer des opérations immobilières au Maroc, au Sénégal et en Mauritanie. Le 11 septembre, le tribunal judiciaire de Créteil a condamné l’ancien directeur territorial de Coallia à sept ans de prison et 500 000 euros d’amende. LE COURRIER DES STRATÈGES Restez libre ! LA NEWSLETTER · GRATUITE Le Courrier, chaque matin. L'essentiel de l'actua


Lalaina Andriamparany

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