Près de 12 millions d’euros destinés notamment à l’hébergement de demandeurs d’asile auraient été détournés via des sociétés écrans avant de financer des opérations immobilières au Maroc, au Sénégal et en Mauritanie. Le 11 septembre, le tribunal judiciaire de Créteil a condamné l’ancien directeur territorial de Coallia à sept ans de prison et 500 000 euros d’amende.
Le montage judiciaire retenu est lourd : détournement de fonds publics, escroquerie en bande organisée, blanchiment, prise illégale d'intérêts, corruption passive. Selon les éléments produits à l'audience, les subventions destinées à l'hébergement des demandeurs d'asile ont d'abord transité par des sociétés écrans avant d'être réinjectées dans des opérations immobilières au Maghreb et en Afrique de l'Ouest.
Des millions transitent par des sociétés écrans
L’affaire remonte à des mouvements financiers détectés au printemps 2023 par Tracfin. Le service de renseignement financier avait relevé des opérations atypiques au sein de l’unité départementale de Coallia à Choisy-le-Roi, dirigée depuis 2012 par l’ancien responsable. Les enquêteurs du SDPJ du Val-de-Marne ont ensuite identifié plusieurs sociétés sans activité économique réelle qui auraient reçu plusieurs millions d’euros de l’association entre janvier 2020 et juillet 2024.

Selon les éléments produits à l'audience, les subventions destinées à l'hébergement des demandeurs d'asile ont d'abord transité par des sociétés écrans avant d'être réinjectées dans des opérations immobilières au Maghreb et en Afrique de l'Ouest. Des salariés ont également décrit des demandes de rétrocommissions liées à des marchés. Une partie des fonds aurait finalement été blanchie dans des acquisitions immobilières au Maroc, au Sénégal et en Mauritanie.
Une gestion associative sans surveillance
Le 11 septembre, Gaye C. a été condamné pour détournement de fonds publics, escroquerie en bande organisée, blanchiment, prise illégale d’intérêts et corruption passive. Son épouse et son frère ont chacun reçu trois ans de prison, dont deux avec sursis. Deux chefs d’entreprise ont été condamnés à quatre ans, dont trois avec sursis. L’association Coallia a elle-même été condamnée à 50 000 euros d’amende pour détournement de fonds par négligence.

Le montant prend une dimension particulière lorsque l’on considère l’importance de Coallia dans le dispositif public : l’association avait reçu 148 millions d’euros de subventions de l’État en 2022 au titre de la mission « immigration, asile et intégration ». Sa direction affirme n’avoir découvert les détournements qu’à la suite des investigations, évoquant notamment une faille du logiciel de paiement.

Au-delà de la sanction pénale, cette condamnation interroge la chaîne entière de la subvention publique. L'argent du contribuable, censé financer des places d'hébergement pour demandeurs d'asile, a servi à constituer un patrimoine familial à l'étranger, avec la complicité de partenaires commerciaux extérieurs à l'association. Le jugement de Créteil expose les failles structurelles d'un secteur où la confiance accordée aux gestionnaires associatifs tient lieu, trop souvent, de contrôle effectif. La question reste ouverte : combien d’autres circuits similaires fonctionnent encore hors de tout regard effectif ?


