Par Renaud Jacobs
Le récit circule depuis quelques jours, et il faut reconnaître qu'il se tient bien. Dix ans après Wuhan, la Chine achève un cinquième laboratoire de très haute sécurité biologique, près de Canton. Le projet aurait été confié à un homme venu de l'armée, spécialiste des pathogènes en aérosol. Les Français, eux, avaient aidé à bâtir Wuhan — technologies, plans, coopération scientifique — avant de découvrir en 2020 ce qu'ils avaient contribué à installer. Et l'histoire recommencerait, sous nos yeux, sans que personne ne dise rien.
Voilà pour le récit. Passons aux pièces, sans les commenter.
Intelligence Online a révélé le 27 juillet que la construction d'un laboratoire de classe 4 à Qingyuan, au nord de Canton, entrait dans sa phase finale, et que le projet avait été confié à Qian Jun, spécialiste des pathogènes aérosols, directeur jusqu'en 2019 du onzième institut de l'Académie des sciences médicales militaires chinoise, transféré à l'université Sun Yat-Sen en janvier 2020.
En décembre 2016, la Commission nationale du développement et de la réforme chinoise avait publié sur son site un plan de construction de laboratoires de haute sécurité, fixant l'objectif de cinq à sept installations de ce niveau. Ce document est en ligne. Il n'a jamais été caché.
Le 9 octobre 2004, la France et la Chine ont signé à Pékin un accord de coopération contre les maladies infectieuses émergentes, publié au Journal officiel par le décret n° 2005-1181, complété par un avenant de 2006 lui-même publié en 2008. Cet accord engageait la France à appuyer la construction et la mise en service du P4 de Wuhan.
Le 26 mai 2020, un député a interrogé le gouvernement en citant l'article 12 de ce traité, dont il soutenait qu'il imposait au laboratoire de Wuhan des normes ISO et des audits de conformité réguliers. Sa question portait sur un point précis : ces vérifications ont-elles eu lieu ? Faute de réponse, il l'a renouvelée en octobre. Le gouvernement a répondu le 12 janvier 2021.
Trois questions, alors, et je ne prétends pas y répondre ici.
Que dit exactement l'article 12 de cet accord — le député l'a-t-il cité fidèlement ? Qu'a répondu le gouvernement, huit mois après avoir été interrogé ? Et le parcours d'un spécialiste de la détection d'agents aérosols, passé d'un institut militaire à une université civile, autorise-t-il la moindre conclusion sur ce qui se construit à Canton ?
Les deux décrets sont au Journal officiel. La question et sa réponse aussi. Tout est public, et tout est consultable en une heure. J'ai passé cette heure. Ce qu'on y trouve ne ressemble ni au récit qui circule, ni à celui qu'on lui oppose.