À Bayssan, près de Béziers, le Département de l’Hérault a engagé près de 48 millions d’euros entre 2019 et 2025, auxquels s’ajoutent plus de 3 millions d’euros de fonctionnement annuel. Mais la fréquentation culturelle a été divisée par deux en quatre ans. En parallèle, la Chambre régionale des comptes alerte sur un modèle économique désormais « compromis » et sur des irrégularités dans des achats de marbre.
Le rapport, présenté le 10 septembre, dresse le bilan d'un projet pharaonique aux portes de Béziers : près de 48 millions d'euros investis entre 2019 et 2025, auxquels s'ajoutent 3 millions annuels de fonctionnement. Pour quoi ? Un théâtre de 400 places et un amphithéâtre de 1 444 places, aujourd'hui à l'arrêt.
48 millions investis, une fréquentation en chute libre
Entre 2019 et 2025, près de 48 millions d’euros ont été consacrés à Bayssan, avec plus de 3 millions d’euros de fonctionnement par an entre 2020 et 2024. Le site comprend notamment un théâtre de 400 places et l’amphithéâtre Claude-Nougaro, qui peut accueillir 1 444 spectateurs. Le Département précise toutefois que seuls 25 millions correspondent, selon lui, aux équipements culturels, le reste relevant notamment des aménagements routiers, paysagers et patrimoniaux.

Les chiffres d’activité sont moins flatteurs. En 2021, 228 représentations avaient attiré 21 813 spectateurs. En 2025, il n’en restait que 94 pour 10 370 spectateurs. L’amphithéâtre est fermé et les spectacles hors les murs ont été suspendus.
La subvention départementale est, elle aussi, passée de plus de 3,3 millions d’euros en 2020 à 1,9 million en 2025. La Chambre régionale des comptes (CRC), estime que, avec des charges fixes lourdes et des ressources réduites, le modèle économique « apparaît compromis ».
Quand le contribuable paie les erreurs
La juridiction financière relève par ailleurs environ un million d’euros d’achats de marbre de Saint-Pons entre 2020 et 2025. Une partie a été effectuée au moyen d’accords-cadres qui n’étaient pas destinés à ces achats. Deux agents ont été sanctionnés.
Il ne s’agit pas d’un détournement à des fins privées : le marbre a bien été livré et utilisé dans les équipements publics. Mais la procédure de commande publique n’a pas été respectée. Le Département affirme avoir lui-même identifié les irrégularités et renforcé depuis ses contrôles.
Reste une question que le rapport ne pose pas mais que les chiffres imposent : qui a décidé, en 2019, qu'un territoire comme le Biterrois avait besoin d'un amphithéâtre de plus de 1 400 places ? La CRC invite à revoir la gouvernance d’Hérault Culture et évoque l’ouverture à d’autres acteurs publics. Le Département appelle notamment l’État à venir à la rescousse.
Le contribuable héraultais a financé un temple culturel décidé d’en haut. Aujourd’hui, la collectivité n’a plus les moyens de le faire vivre. L’épisode illustre une fois de plus la tentation des grands projets locaux : on investit fort, on contourne parfois les règles, puis on découvre que le public et le budget ne suivent pas.
