Par Elise Rochefort
Le sommet du G7 s'ouvre à Évian-les-Bains (Haute-Savoie) le 15 juin 2026 et se tient jusqu'au 17, sous présidence française. C'est la deuxième fois qu'Évian accueille le sommet, après celui de 2003. Le format réunit les sept membres — Allemagne, Canada, États-Unis, France, Italie, Japon, Royaume-Uni — ainsi que l'Union européenne. Quatre pays ont été invités à participer aux travaux : le Brésil, la Corée du Sud, l'Inde et le Kenya. La question posée par les organisateurs comme par leurs contradicteurs est la même : ce club conserve-t-il la capacité d'influence qui a fait sa fonction depuis 1975 ?
Le terme de « soft power », formulé par le politiste américain Joseph Nye à la fin des années 1980, désigne la capacité d'un acteur à obtenir un résultat par l'attraction de son modèle plutôt que par la contrainte. Appliqué au G7, il recouvre trois leviers : le poids économique, la centralité institutionnelle, et l'attractivité culturelle et normative. Sur chacun, les données disponibles en 2026 vont dans des sens partiellement contradictoires.
Le premier indicateur est économique. La part du G7 dans le produit intérieur brut mondial mesuré en parité de pouvoir d'achat est estimée autour de 28 à 29 %, contre environ 40 % pour les BRICS, selon les agrégats repris par la Banque de France et plusieurs instituts. Les pays du G7 représentent près de 10 % de la population mondiale. Les projections de croissance du Fonds monétaire international pour 2026 situent la moyenne du G7 autour de 1,1 %, soit un rythme nettement inférieur à celui des économies émergentes regroupées dans les BRICS. Le franchissement, par ces dernières, de la part du G7 en parité de pouvoir d'achat est daté de 2020 par la plupart des sources.
Le deuxième indicateur concerne la perception. L'indice annuel Global Soft Power Index, publié par le cabinet Brand Finance, fait apparaître pour son édition 2026 le recul le plus marqué pour les États-Unis parmi les 193 nations classées, tout en maintenant ce pays au premier rang général. Le même indice signale que la Chine dépasse pour la première fois les États-Unis sur le critère de réputation, que le Royaume-Uni atteint son plus bas niveau, et que la France et l'Allemagne enregistrent un affaiblissement de leurs perceptions. Ces résultats relèvent d'une enquête d'opinion internationale ; ils mesurent une réputation, non une capacité d'action.
À ces éléments s'opposent plusieurs constats de sens inverse. Le premier rang mondial de l'indice de soft power reste occupé par un membre du G7. Le poids des BRICS, mesuré en parité de pouvoir d'achat, demeure supérieur à celui du G7, mais le produit intérieur brut nominal des sept membres reste de premier ordre, autour de 45 000 milliards de dollars. La cohésion du bloc concurrent fait par ailleurs l'objet d'appréciations contrastées. Plusieurs analystes, notamment au Carnegie Endowment, décrivent les BRICS élargis comme une coalition large mais peu structurée, dont les membres entretiennent entre eux des différends durables. La Nouvelle banque de développement, instrument financier du groupe, est présentée comme sous-capitalisée : ses décaissements cumulés restent inférieurs à ceux d'institutions occidentales établies. Le débat sur la portée réelle de l'élargissement des BRICS — bascule vers un ordre post-occidental ou addition symbolique sans substance — reste ouvert entre spécialistes.
L'invitation adressée pour Évian au Brésil, à l'Inde, à la Corée du Sud et au Kenya se prête elle aussi à deux lectures. Les organisateurs la présentent comme une ouverture, signe que le G7 cherche à associer les puissances émergentes plutôt qu'à les ignorer. Plusieurs travaux, dont une note de l'Institut français des relations internationales, plaident pour un élargissement du format à des partenaires tels que la Corée du Sud. À l'inverse, certains commentateurs interprètent ces invitations comme l'aveu d'un club contraint d'aller chercher à l'extérieur la légitimité que sa seule composition ne lui assure plus. Les deux lectures s'appuient sur le même fait ; elles divergent sur son interprétation.
Trois incertitudes structurent la suite. La première porte sur la dé-dollarisation : les BRICS affichent l'objectif de développer des systèmes d'échange alternatifs, mais la part du dollar dans les réserves et les paiements internationaux n'a pas connu, à ce jour, de recul comparable à l'ambition affichée. La deuxième porte sur la capacité du G7 à formuler des positions communes dans un contexte de divergences internes, notamment commerciales, entre ses membres. La troisième porte sur la mesure même de l'influence : les indicateurs économiques en parité de pouvoir d'achat, les indices de réputation et les capacités militaires ou monétaires ne varient pas au même rythme, et ne permettent pas de conclusion unique.
Le déclin relatif du poids économique du G7 est documenté et daté. Le recul de la réputation de plusieurs de ses membres l'est également, pour l'édition 2026 de l'indice de référence. La perte de centralité du format, en revanche, n'est pas établie de façon homogène, et fait l'objet d'appréciations divergentes selon les sources et les critères retenus. Le sommet d'Évian se tient. Ses effets sur la position du groupe seront mesurables à l'aune des sommets suivants.