Cher Alex, les jeans ont gagné la Guerre froide, par Eric Lemaire
Photo by lan deng / Unsplash

Cher Alex, les jeans ont gagné la Guerre froide, par Eric Lemaire


Partager cet article

Pendant des années, nous avons expliqué la victoire occidentale sur l’Union soviétique par la supériorité militaire, économique ou stratégique des États-Unis. Pourtant, une autre lecture mérite d’être explorée.

L’URSS savait construire des fusées, des sous-marins nucléaires et des chars. L’Occident construisait aussi des ordinateurs personnels, des logiciels, des consoles de jeux et des produits que les citoyens avaient réellement envie d’utiliser. Aujourd’hui, certains penseurs de la Silicon Valley, comme Alex Karp chez Palantir, dénoncent une civilisation qui aurait sacrifié la puissance nationale au confort du consommateur. Mais si cette attention portée aux usages n’était pas une faiblesse mais précisément l’une des sources de la puissance occidentale ? À l’heure où l’intelligence artificielle devient une infrastructure stratégique, la question mérite d’être reposée : dans la compétition technologique, les citoyens comptent-ils moins que les États ou sont-ils au contraire l’arme décisive que les régimes autoritaires continuent de sous-estimer ?

L’état et la nation supérieurs au consommateur ?


Je poursuis la lecture critique du livre d’Alex Karp, le dirigeant de Palantir. Comme dans son manifeste, une idée revient régulièrement : l’Occident aurait perdu le sens de la puissance en se préoccupant davantage du consommateur que de la nation. Les ingénieurs créeraient des applications de livraison plutôt que des systèmes de défense. Les investisseurs financeraient des réseaux sociaux plutôt que des infrastructures stratégiques. Les démocraties seraient devenues obsédées par le confort individuel alors que leurs adversaires penseraient en termes de civilisation, de puissance et de rapport de force.

La “République Technologique” : le manifeste de Palantir qui veut vassaliser l’Europe
La firme cofondée par Peter Thiel et dirigée par Alex Karp a publié samedi 18 avril sur X un manifeste en 22 points qui a déjà dépassé les 25 millions de vues. Ce n’est pas une simple tribune : c’est un programme explicite pour transformer le numérique en instrument

Cette critique possède une certaine force intellectuelle. Elle séduit parce qu’elle semble offrir une explication simple aux difficultés des démocraties contemporaines. Pourtant, elle repose peut-être sur une erreur historique majeure.

Palantir : le vrai chef d’état-major de l’Occident ? par Eric Lemaire
Née du chaos post-11 septembre, Palantir n’est plus un simple logiciel d’analyse de données. Elle est devenue l’architecture invisible qui structure la décision militaire américaine — et, par ricochet, occidentale. À l’ère de l’IA, celui qui organise l’information organise la guerre. La question n’est

Cette critique se retrouve chez les influenceurs iraniens : « certes, certaines de nos femmes sont voilées, mais par contre elles ne sont pas sur onlyfans. ». Cette affirmation morale de la supériorité des nobles fins de l’état stratège sur les désirs pervers de l’individu ne peut qu’agacer un libertarien !

L’URSS comme contre exemple


L’Union soviétique constitue probablement l’exemple le plus frappant de cette erreur.

Pendant des décennies, l’URSS impressionna le monde. Elle lança Spoutnik avant les Américains. Elle envoya le premier homme dans l’espace. Elle construisit des milliers de chars, développa un arsenal nucléaire colossal et maintint une industrie militaire capable de rivaliser avec les États-Unis. Vue depuis l’extérieur, elle incarnait précisément cette civilisation tournée vers la puissance collective que certains admirent encore aujourd’hui. Dans les années 30, elle avait consciemment choisi le char et le tracteur sur la voiture personnelle. Et de loin, ça marchait.

Poutine : une analyse libertarienne
On nous présente souvent Vladimir Poutine comme l’antithèse absolue de nos élites mondialisées, un souverainiste à l’ancienne capable de s’opposer à la “Caste”. Pourtant, si l’on s’extrait des passions médiatiques pour pratiquer une véritable autopsie psychologique via le modèle HEXACO, on découvre une réalité bien plus nuancée

Mais les citoyens soviétiques vivaient une réalité très différente. Les magasins étaient souvent vides. Les biens de consommation étaient rares ou médiocres. Les innovations mettaient des années à parvenir au public. L’informatique personnelle, qui allait transformer l’économie mondiale, demeurait marginale. Pendant que les planificateurs comptaient les tonnes d’acier produites, les consommateurs rêvaient de produits occidentaux.

L’industrie légère ET l’industrie lourde


Les jeans sont devenus le symbole de cette contradiction. Non parce qu’un pantalon pouvait faire tomber un empire, mais parce qu’il représentait quelque chose de plus profond : la capacité d’un système économique à répondre aux désirs individuels. Derrière le denim se trouvaient la publicité, le design, la logistique, la concurrence, l’innovation et surtout la liberté de choisir. A tel point que dans le Pérou de Fujimori, le jean était interdit !

La “dissuasion avancée” de Macron : ce qu’elle change, par Elise Rochefort
Le discours prononcé par le Président Emmanuel Macron sur la base de l’Île-Longue, le 2 mars 2026, marque une rupture historique avec la posture de « stricte suffisance » héritée de l’après-Guerre froide. Cette évolution n’est pas une simple adaptation technique, mais une réponse systémique à l’effondrement des cadres multilatéraux et à

La Guerre froide n’a évidemment pas été gagnée par Levi’s. Mais elle n’a pas été gagnée uniquement par les missiles non plus.

« Vous fermez les urgences, on ramasse les morts » : Mamers privée d'urgences en pleine canicule
Photo by Cory Mogk / Unsplash

« Vous fermez les urgences, on ramasse les morts » : Mamers privée d'urgences en pleine canicule

Du 16 juillet au 3 août 2026, les urgences de l'hôpital de Mamers (Sarthe) fermeront jour et nuit, faute de médecins. Près de 300 manifestants, dont une centaine de soignants, ont crié leur colère 15 juillet devant l’établissement, sous des banderoles sans ambiguïté : « Urgences en grève, patients en danger », « Vous fermez les urgences, on ramasse les morts ». LE COURRIER DES STRATÈGES Restez libre ! LA NEWSLETTER · GRATUITE Le Courrier, chaque matin. L'essentiel de l'actualité,


Lalaina Andriamparany

Lalaina Andriamparany

Contrôleurs SNCF : jusqu'à 10 % de commission sur les amendes que vous payez à bord
Photo by Barthelemy de Mazenod / Unsplash

Contrôleurs SNCF : jusqu'à 10 % de commission sur les amendes que vous payez à bord

Alors que la SNCF est régulièrement critiquée pour ses retards, ses suppressions de trains et les grèves qui pénalisent des millions d'usagers, un mécanisme de rémunération choque les voyageurs. Les contrôleurs de la SNCF perçoivent jusqu’à 10 % des amendes qu’ils dressent, à condition qu’elles soient payées immédiatement à bord. Une « prime de perception » exonérée de charges et d’impôts qui interroge au sein d'un service public où les voyageurs n'ont souvent pas d'alternative. LE COUR


Lalaina Andriamparany

Lalaina Andriamparany