La "République Technologique" : le manifeste de Palantir qui veut vassaliser l’Europe

La "République Technologique" : le manifeste de Palantir qui veut vassaliser l’Europe


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La firme cofondée par Peter Thiel et dirigée par Alex Karp a publié samedi 18 avril sur X un manifeste en 22 points qui a déjà dépassé les 25 millions de vues. Ce n’est pas une simple tribune : c’est un programme explicite pour transformer le numérique en instrument de puissance coercitive au service de la domination américaine. « Nous devons résister à la tentation superficielle d’un pluralisme vide et creux », y écrit Palantir, résumant en quelques lignes la philosophie belliqueuse développée dans The Technological Republic, l’ouvrage coécrit par Karp et son bras droit Nicholas Zamiska.

Rarement une entreprise technologique aura affiché aussi clairement ses ambitions politiques.Le 18 avril, Palantir publie sur X un manifeste en 22 points appelant à subordonner la tech à la puissance occidentale. Derrière la rhétorique martiale d’Alex Karp, c’est une vision assumée : faire du numérique un instrument coercitif au service de la domination américaine. Une prise de position qui interroge, au moment où l’entreprise équipe déjà armées et agences de sécurité.

Une doctrine de puissance assumée

Publié le 18 avril et vu plus de 25 millions de fois, le manifeste s’inscrit dans la continuité de The Technological Republic, ouvrage coécrit par Alex Karp et Nicholas Zamiska. Le message est sans ambiguïté : la Silicon Valley (les woke) doit « rembourser sa dette morale » envers les États-Unis en mettant ses capacités au service de la puissance nationale. Palantir dénonce une Silicon Valley obsédée par les « apps » futiles.

The Technological Republic ne sort pas d'un think tank de Washington ni d'une chaire universitaire. Il émane d'une société dont le métier consiste précisément à structurer les rapports de force à travers les données.

Le manifeste réclame l'instauration d'un service national universel aux États-Unis, juge que le désarmement de l'Allemagne et du Japon après 1945 fut une erreur historique à corriger, et affirme que la dissuasion nucléaire est obsolète, à remplacer par une dissuasion fondée sur l'intelligence artificielle.

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Sur l'armement autonome, Palantir suggère que les adversaires de l'Occident ne s'encombrent pas d'éthique, donc l'Occident ne le devrait pas non plus. Le débat démocratique sur les systèmes d'armes létaux autonomes est ainsi balayé en quelques lignes par une entreprise qui, précisément, vend ces capacités.

Surveillance, sécurité et conflits d’intérêts

Le point le plus explosif se situe en fin de document. Palantir dénonce « la tentation creuse d'un pluralisme vide » et affirme que certaines cultures ont produit des avancées remarquables là où d'autres se sont révélées « dysfonctionnelles et régressives ». L'entreprise reproche à l'Occident d'avoir renoncé, au nom de l'inclusivité, à définir ses propres cultures nationales.

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Ce positionnement idéologique intervient dans un contexte politique tendu. Aux États-Unis, des élus démocrates au Congrès ont récemment exigé des clarifications sur l’usage des outils de Palantir par l’Immigration and Customs Enforcement (ICE), dans le cadre de politiques de déportation renforcées.

Le cœur du problème est là : Palantir vend des logiciels d’analyse et de surveillance aux agences de défense, de police et d’immigration. Palantir exprime la certitude arrogante d'une entité qui sait que ses clients étatiques sont désormais captifs de sa technologie.

« Ce n'est pas de la philosophie en apesanteur. C'est l'idéologie publique d'une entreprise dont le chiffre d'affaires dépend de la politique qu'elle promeut. » — Eliot Higgins, fondateur de Bellingcat.

En effet, Palantir tire l'essentiel de ses revenus de contrats gouvernementaux. Elle n'a donc aucun intérêt à prêcher un désarmement ou une retenue que ses clients ne veulent pas entendre et elle ne le fait pas. En parallèle, l'entreprise signe de nouveaux contrats militaires en Europe, à l'heure où le continent cherche même à accélérer sa « souveraineté de défense ».

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Et c’est là que la France en particulier, devrait réfléchir. L’enjeu est vital : en confiant nos données de santé, de défense et de renseignement à de tels acteurs, nous n’achetons pas seulement un logiciel, nous importons une vision du monde qui nie le droit à la neutralité et à la spécificité culturelle. La « République Technologique » de Karp est une prison dorée où la liberté individuelle s'efface devant l'efficacité algorithmique. Si nous ne reprenons pas le contrôle de nos outils numériques par une rupture franche avec cet alignement atlantiste, nous ne serons bientôt plus des citoyens, mais les variables d'ajustement d'un empire privé qui ne dit plus son nom. Au final, qui surveillera les surveillants ? À Washington, personne ne se pose plus la question. À Paris, on signe les contrats en silence.


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