À New Delhi, à la mi-mai, en marge de la réunion des ministres des Affaires étrangères des BRICS, Sergueï Lavrov a prononcé une phrase que nos chancelleries n'ont guère relevée : « nous ne précipiterons pas l'élargissement des BRICS », car le groupement, ayant doublé de taille en deux ans, doit désormais « rationaliser son travail dans le format élargi ».

L'agence TASS l'avait déjà laissé entendre : toute expansion nouvelle est jugée inopportune à ce stade. Le club qui grossissait à chaque sommet annonce qu'il cesse de grossir. On pourrait n'y voir qu'une pause de procédure. Je crois qu'il faut y voir une mue.
Rappelons la cinétique, car elle fut rapide. Cinq membres pendant quinze ans ; puis l'Égypte, l'Éthiopie, l'Iran et les Émirats au 1er janvier 2024 ; l'Indonésie en janvier 2025 ; et autour du noyau, une dizaine de pays partenaires — du Kazakhstan au Nigeria, de la Malaisie à Cuba — selon la formule inventée au sommet de Kazan. L'ensemble pèse, selon les chiffres mêmes de M. Lavrov, 40 % du produit mondial en parité de pouvoir d'achat, et près de la moitié de l'humanité ; la banque centrale russe note que le G7 est passé derrière. On peut discuter ces agrégats, qui mélangent des économies fort dissemblables. On ne peut pas discuter la direction.
