Condamné à deux ans de prison avec sursis, 75.000 euros d’amende et cinq ans d’inéligibilité, l’ancien député LREM Jean-Jacques Bridey rejoint la longue liste des élus sanctionnés pour détournement de fonds publics. Le motif : 230 000 euros de fonds publics détournés au fil de mandats cumulés. L’affaire illustre une nouvelle fois les dérives d’un système où le contrôle intervient souvent bien après les faits.

Jean-Jacques Bridey, ancien pilier LREM et premier soutien d’Emmanuel Macron en 2016, a été condamné jeudi 4 juin par le tribunal correctionnel de Paris à deux ans de prison avec sursis, 75 000 euros d’amende et cinq ans d’inéligibilité pour détournement de fonds publics et concussion. Le tribunal a ordonné l’exécution provisoire de l’inéligibilité : l’ex-député du Val-de-Marne a immédiatement démissionné de son mandat de conseiller municipal d’opposition à Fresnes. Au total, ce sont près de 230 000 euros de préjudice qui ont été relevés, soit l’équivalent de 3 200 euros par mois prélevés sur la collectivité.
Des spas, du vin et des vêtements aux frais du contribuable
Élu socialiste puis passé en 2017 dans le sillage macroniste, Jean-Jacques Bridey cumulait les mandats depuis plus de vingt ans. Le tribunal a estimé qu’il lui incombait de connaître les règles élémentaires de rémunération et de frais.
Or, sur les 145 000 euros déclarés en frais de mandat de député, une partie significative a servi à financer des séances de spa, des bouteilles de vin, des amendes routières et des vêtements féminins.

Lors de l’audience du 3 avril, l’intéressé avait invoqué son besoin de « détente » dans les bains bouillonnants ou affirmé que les tenues étaient destinées à sa collaboratrice en représentation. Le tribunal a été clair : « Aucun lien avec l’exercice du mandat parlementaire. »
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Parallèlement, la concussion porte sur le cumul illégal d’indemnités dépassant de plus de 84 000 euros le plafond légal. L’Assemblée nationale doit déjà récupérer les 145 000 euros ; une audience complémentaire le 20 janvier fixera les montants dus à la commune de Fresnes et aux autres parties civiles.
Une affaire de plus dans une série devenue banale
Ce jugement, aussi sévère soit-il sur le papier, intervient après des années de mandats cumulés et illustre une mécanique bien rodée : des élus qui considèrent les fonds publics comme une rente personnelle.

L’ancien maire de Fresnes, reconverti en député LREM, incarne cette génération politique qui a prospéré sous les couleurs successives du socialisme puis du macronisme sans jamais vraiment changer de pratiques.
Socialiste hier, marcheur demain, il fut de ceux qui permirent à Emmanuel Macron de se draper dans une respectabilité de gauche au moment décisif de 2016. La récompense fut un mandat de député et manifestement, la conviction que l'argent public était un prolongement naturel du confort privé.

Ce que cette affaire révèle, c'est la logique d'un système où les élites recyclées d'un bord à l'autre n'ont comme boussole que leurs propres intérêts. La justice a dit son mot. Elle s'est, pour une fois, montrée plus lucide que l'électeur.
Finalement, au vu du nombre d’affaires n’ayant qu’un seul objet le détournement de fonds , on ferait mieux de demander qui n’en a pas commis, ça irait plus vite.



