L'association autrichienne Noyb a déposé le 5 mai une plainte contre LinkedIn devant la DSB, l'autorité de protection des données d'Autriche. Motif : la plateforme ferait payer l'accès à des informations que le RGPD garantit gratuitement à tout citoyen européen. En face, le réseau social, propriété de Microsoft, rejette toute infraction.

Linkedln informe régulièrement ses utilisateurs sur le nombre de personnes qui ont consulté leur profil. Mais la plateforme professionnelle refuse de donner des détails concernant leurs identités via une simple demande. Pour connaître leurs identités, il faudra souscrire à un abonnement payant. Pour l’association autrichienne Noyb, cette pratique constitue une violation au Règlement européen. Le mardi 5 mai, elle a déposé une plainte contre Linkedln auprès de l’autorité autrichienne de protection des données, la DSB. Les avocats de l’association estiment que les membres du réseau social ont le droit d’accéder à ces informations gratuitement.
L'accès aux données au cœur du conflit juridique
L’affaire est désormais entre les mains de la DSB, l’autorité autrichienne de protection des données. En cause, LinkedIn enregistre les consultations de profils et les monétise.

Sur LinkedIn, la liste des visiteurs de votre profil (une donnée qui vous concerne directement) est réservée aux abonnés Premium. Pourtant, l'article 15 du Règlement général sur la protection des données oblige toute entreprise traitant des données personnelles à en fournir l'accès gratuitement à la personne concernée. Pour Noyb, c'est une monétisation déguisée d'un droit fondamental : vous payez pour récupérer ce qui vous appartient.
L'association ne s'arrête pas là. Elle soulève également la question de la légalité même de l'enregistrement de ces visites. Ces données d'activité, précise Noyb dans son communiqué, sont « analysées pour personnaliser le contenu ou les publicités affichées », autrement dit, elles alimentent le moteur publicitaire de la plateforme, sans que l'utilisateur visité n'en tire le moindre bénéfice s'il ne paie pas.
LinkedIn botte en touche, Microsoft en arrière-plan
La réponse de LinkedIn est l'accusation est « fausse », la plateforme « respecte l'article 15 », et les informations seraient accessibles via la politique de confidentialité.

Derrière LinkedIn, c'est Microsoft qui est en ligne de mire un géant valorisé à plus de 3 000 milliards de dollars. Microsoft, qui a racheté le réseau en 2016, exploite ainsi les données massives pour fidéliser et monétiser sa base de centaines de millions de membres. Noyb dénonce une incohérence : on invoque la protection des données pour refuser l’accès gratuit, tout en diffusant ces mêmes données à ceux qui paient.
L'abonnement Premium de LinkedIn génère une part significative des revenus de la division LinkedIn, qui a dépassé les 16 milliards de dollars en 2024. Faire sauter ce verrou tarifaire toucherait directement au portefeuille.

L'ironie de la situation est totale : LinkedIn invoque la protection des données pour ne pas communiquer certaines informations aux utilisateurs, tout en vendant l'accès à ces mêmes données sous forme d'abonnement. La DSB autrichienne doit désormais décider si LinkedIn viole ou non le droit d'accès européen. L'association Noyb réclame une amende.
Ce conflit illustre les limites de la régulation européenne. Le RGPD, censé redonner le contrôle aux citoyens, alimente surtout une industrie du contentieux et renforce le pouvoir des autorités de contrôle. Les élites bruxelloises et les activistes comme Noyb promettent plus de « droits », mais peinent à entraver la logique capitalistique des plateformes : collecter, analyser et vendre. Les utilisateurs, coincés entre opacité technique et injonctions réglementaires, perdent sur les deux tableaux.
