Rachida Dati, maire du 7e arrondissement de Paris, a été placée sous le statut de témoin assisté dans une enquête sur une possible filature illégale visant un couple qui l’avait mise en cause dans l’affaire Renault-Carlos Ghosn. Auditionnée jeudi dernier au tribunal judiciaire de Paris, l’ancienne ministre voit resurgir des soupçons qu’elle qualifiait encore en 2022 d’« élucubrations ».

Jeudi dernier, Rachida Dati a été entendu comme témoin assisté lors d’une audition qui s’est tenue au tribunal judiciaire de Paris. L’ancienne ministre de la Culture est soupçonnée d’avoir mené des recherches concernant une actionnaire de Renault qui a déposé une plainte contre elle et son avocat dans l’affaire Renault-Carlos Ghosn.
Rachida Dati comme témoin assisté au tribunal judiciaire de Paris
L’information a émergé dans le cadre du vaste dossier des « barbouzeries » du Paris Saint-Germain, impliquant d’anciens responsables du club, des policiers et le lobbyiste franco-algérien Tayeb Benabderrahmane, présenté comme proche de Mme Dati. Les enquêteurs ont mis au jour des consultations de listings Air France et d’autres fichiers concernant Danièle Coutaz, actionnaire de Renault décédée depuis, et son compagnon, l’avocat Jean-Paul Baduel. Ces investigations privées présumées visaient précisément ceux qui avaient osé porter plainte.

Rachida Dati et Carlos Ghosn sont soupçonnés d’avoir établi un pacte de corruption entre 2010 et 2012. L’ex-PDG de Renault-Nissan aurait versé une somme de 900.000 € à l’ancienne ministre de la Culture, et ce, sans contrepartie de travail réel. Il se trouve que ce paiement a été effectué en échange d’activités de lobbying au Parlement européen. Après 6 ans d’enquête, Rachida Dati est accusé de corruption et de trafic d’influence passifs. Elle sera entendue devant le tribunal correctionnel de Paris, du 16 au 28 septembre prochain.
Vous aimez retrouver sur le Courrier une vision du monde introuvable ailleurs ? Vous pouvez nous aider sans vous abonner...
A la fin de l’année 2022, M. Baduel a décidé de poursuivre en justice l’ancienne ministre de la Culture suite à cette enquête clandestine visant son couple. Selon une source proche du dossier, la maire du 7eme arrondissement de Paris « a été entendue comme témoin assisté » lors d’une audition qui s’est tenue au tribunal judiciaire de Paris, jeudi dernier.
Rapports de force et zones d’ombre persistantes
Le placement sous statut de témoin assisté plus favorable qu’une mise en examen , constitue pour Jean-Paul Baduel « un bon début ». L’avocat évoque des « intentions malveillantes » derrière ces recherches clandestines. Rachida Dati, contactée, n’a pas réagi publiquement cette fois, ses avocats gardant le silence.

Ce dossier révèle une nouvelle fois les pratiques opaques des élites françaises : mélange des réseaux politiques, judiciaires et d’affaires, proximité avec des lobbyistes controversés, et tentation de surveiller ceux qui dérangent. Alors que le procès Ghosn-Dati approche, ces éléments soulignent les conflits d’intérêts structurels et la perméabilité entre pouvoir d’État et intérêts privés.

Dans un système où la justice avance à petits pas, la vraie question reste celle de l’impartialité réelle des institutions. Les citoyens observent ces jeux de pouvoir qui fragilisent un peu plus la confiance dans les élites hexagonales.

