C’est la question qui brûle les lèvres de tous les Français dès que le prix à la pompe s'affole ou que le détroit d’Ormuz s’embrase comme c’est le cas en ce moment : « Combien de temps va-t-on tenir? »

Entre les annonces rassurantes du gouvernement et la réalité des files d’attente à 7h du matin, il y a un fossé que je vous propose de décrypter ce matin.
Le « matelas » : 118 jours de tranquillité (théorique)
Commençons par le chiffre qui rassure. Officiellement, la France dispose d’un « trésor de guerre » : 16 millions de tonnes d’hydrocarbures dorment dans nos réserves stratégiques. C’est ce qu’on appelle l’assurance-vie du pays.
Sur le papier, nous avons 118 jours d’autonomie. C’est bien plus que les 90 jours imposés par l’Agence Internationale de l’Énergie. Ce stock est géré par la SAGESS, une sorte de coffre-fort pétrolier qui nous coûte 500 millions d’euros par an, mais qui nous permet de ne pas sombrer dès qu’un pétrolier est bloqué au Moyen-Orient.
Et attention, ce n’est pas que du pétrole brut qu’il faudrait raffiner en urgence. Non, la moitié de ces stocks, c'est déjà du gazole prêt à l’emploi, stocké pour l'essentiel dans des cathédrales de sel, à Manosque, sous des centaines de mètres de roche.
Le talon d’Achille : la logistique du « week-end »
Mais alors, si on a quatre mois de réserve, pourquoi les stations affichent-elles « Rupture » en seulement trois jours?
C’est là que le bât blesse. Notre résilience physique est excellente, mais notre logistique est nerveuse. En France, nous avons un maillage de pipelines et de dépôts très performant, mais ultra-centralisé. Prenez l’Île-de-France : ses réservoirs locaux ne couvrent que 20 % de sa consommation annuelle. Si les tuyaux qui viennent du Havre s’arrêtent, la région capitale est à sec en moins d’une semaine.
Il y a aussi ce que j’appelle « l'effet samedi soir ». La plupart des dépôts pétroliers ferment le week-end. Si tout le monde se rue à la pompe le samedi par peur de la pénurie, les cuves se vident, aucun camion ne passe le dimanche, et le lundi matin, c’est le chaos. C’est ce qu’on a vu en avril dernier : 12 % des stations étaient en rupture alors que les stocks nationaux étaient pleins à craquer.

L’effet psy : 48 heures pour vider la France
La vérité, c'est que la pénurie est souvent une prophétie auto-réalisatrice. Dès qu’on parle de tension entre l’Iran et Israël, on court tous faire le « plein de précaution ». Résultat ? Une surconsommation de 10 à 30 % en quelques heures. À ce rythme-là, même le meilleur système logistique du monde explose.

C’est là que l’État sort l’artillerie lourde : le plan ORSEC. Et là, fini de rire. Les préfets peuvent limiter vos pleins à 20 ou 30 litres, interdire les jerricans et surtout, réserver des stations entières aux « prioritaires ». Si vous n'êtes pas infirmier, pompier ou livreur de produits sanguins, votre autonomie se résume alors à ce qu'il vous reste dans le réservoir : environ 400 à 500 km pour les plus chanceux.

Demain : du baril au lithium
Alors, on fait quoi? La réponse tient dans la nouvelle feuille de route énergétique, la PPE 3. L’idée est simple mais colossale : sortir du pétrole. En 2030, on veut que 60 % de notre énergie soit décarbonée. On relance le nucléaire, on accélère sur l’électrique.
Mais ne crions pas victoire trop vite. En remplaçant le pétrole par l'électricité, nous changeons juste de dépendance. Demain, nos « stocks stratégiques » ne seront plus des barils de gazole, mais des tonnes de lithium et de cobalt pour nos batteries.
En résumé : la France peut tenir 118 jours si nous sommes disciplinés, 5 jours si la logistique coince, et seulement 48 heures si nous cédons à la panique.
À bon entendeur... et n'oubliez pas : lever le pied de 10 km/h, c'est déjà 20 % de consommation en moins. C'est peut-être ça, notre première réserve stratégique.

