Après plusieurs semaines de cyberharcèlement, l’eurodéputée insoumise Emma Fourreau a annoncé le dépôt de 101 plaintes à Caen pour menaces de mort, menaces de viol et injures sexistes. En toile de fond : son opposition aux banquets du Canon Français, mouvement soutenu financièrement par le milliardaire Pierre-Édouard Stérin. Derrière les faits indéfendables de harcèlement, se dessine une France fracturée où extrêmes s’invectivent et où la justice devient l’arène d’un bras de fer politique.

Le point de départ remonte à la fin mars. Conseillère municipale d’opposition à Caen, Emma Fourreau s’était publiquement opposée à l’organisation d’un banquet du Canon Français prévu le 18 avril dans la ville. Derrière ces grands repas populaires inspirés des traditions régionalistes, l’élue voit une opération culturelle et politique portée par une droite identitaire en quête d’enracinement local.
Une opposition musclée et ses conséquences
Fin mars, l’élue insoumise, également conseillère municipale d’opposition à Caen, dénonce publiquement le banquet normand. Elle y voit la promotion d’idées « racistes et xénophobes ».

Ce banquet du Canon Français prévu le 18 avril à Caen, financé par Pierre-Edouard Stérin, milliardaire catholique traditionaliste, l’« extrême droite radicale », selon les termes de l’éluen revendique des rassemblements festifs et identitaires, réunissant plus de 4 000 personnes.

Fourreau relaie pétitions et appels à l’annulation. Résultat : une déferlante d’insultes immondes comme « sale pXXX gauchiasse », menaces explicites de viol ou de mort via messageries privées et réseaux.
Un militant néonazi planqué au Japon, une permanence visée, et des fondateurs qui regardent ailleurs
Parmi les 101 plaintes déposées au commissariat de Caen, l’une vise un certain Boris Le Lay, après son billet intitulé « Faire violer Emma Fourreau par des Slaves dans un bordel ukrainien est ma nouvelle idée artistique ». Ce blogueur néonazi, recherché par Interpol, vit au Japon et continue d’empoisonner le web depuis vingt ans sans être inquiété.

Mais la haine a quitté l’écran. Deux intrusions physiques ont visé la permanence parlementaire de l’élue à Caen entre avril et début mai : une personne y a proféré des insultes racistes, une autre a accompli quatre saluts nazis devant les locaux. « Tentatives d’intimidation inacceptables », dénonce Fourreau.
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Réaction des organisateurs ? Sur X, le Canon Français Le Canon Français rejette toute responsabilité et assure « soutenir » la maire de Quimper. Le groupe nie tout débordement raciste systémique et souligne son soutien à la maire PS de Quimper, Isabelle Assih, également harcelée après avoir suspendu un événement similaire.

Ses deux dirigeants, Pierre-Alexandre de Boisse et Géraud de la Tour, ont annoncé dans Valeurs Actuelles vouloir poursuivre l’eurodéputée pour « mensonges » et et assurent condamner les débordements.. Une ligne de défense devenue fréquente dans les sphères militantes radicalisées de gauche comme de droite : bénéficier de l’exposition créée par la conflictualité politique tout en se dissociant des éléments les plus violents gravitant autour de leurs communautés numériques.

L’enjeu dépasse largement la seule confrontation entre LFI et l’extrême droite identitaire. Dans ce climat, chaque camp instrumentalise la violence de l’autre pour consolider sa base militante, pendant que les médias de polarisation qu’ils soient proches de La France Insoumise ou des sphères conservatrices type Valeurs Actuelles , transforment le conflit en carburant idéologique permanent. Les élites politiques, en cultivant la division pour mobiliser leurs bases, entretiennent une guerre civile froide dont les citoyens paient le prix : insécurité, fragmentation, perte de cohésion. La France mérite mieux que ce dialogue de sourds haineux.



