L'humeur de Veerle Daens : comment la finance a tué mes chaussures préférées

L'humeur de Veerle Daens : comment la finance a tué mes chaussures préférées


Partager cet article

Veerle Daens commente à sa manière la fermeture du chausseur Minelli. Et une entreprise française de moins ! une !

Encore une paire d'escarpins qui finit à la morgue des tribunaux de commerce. Minelli tire sa révérence définitive le 30 mai 2026, et si c’est une tragédie pour mon dressing, c’est surtout une leçon de choses pour quiconque comprend que la dette n’est pas un moteur, mais un acide.

Tout commence avec ce mot doux qui fait frissonner les banquiers de la City : le LBO. En 2007, le fonds Charterhouse décide, dans un élan d'optimisme lysergique, que le groupe Vivarte vaut 3,5 milliards d'euros, dont 3 milliards financés par la dette. Un génie de la finance a dû se dire que vendre des bottines servait avant tout à payer des intérêts bancaires. Résultat? Pendant des années, 20 % à 40 % du résultat d'exploitation de Minelli a été siphonné pour nourrir le monstre financier de la holding au lieu d'investir dans le cuir ou le numérique. C’est le capitalisme de tableur Excel : on achète avec l'argent des autres en espérant que les clientes paieront la note. Spoiler : elles ne l'ont pas fait.

Puis vint Patrick Puy, le « restructurateur » dont le job consistait à vendre l'argenterie pièce par pièce pour éponger les créances. On a démantelé le paquebot en pensant que les chaloupes flotteraient mieux toutes seules. Mais une chaloupe sans moteur dans l'océan de l'ultra-fast-fashion, ça finit par prendre l'eau.

En 2024, on a tenté de nous vendre « Maison Minelli ». Un nom de parfum de niche pour une société qui affichait déjà la pâleur d'une fin de règne. Le plan était d'une simplicité bureaucratique effrayante : on réduit les effectifs de 600 à 200, puis à 171, pour finir aujourd'hui à 86 rescapés. On nous a promis une « montée en gamme ». Mais quelle gamme? Les Françaises retirent massivement leur épargne du Livret A pour payer leurs factures d'énergie, pas pour s'offrir des talons à 130 euros.

Le marché, ce grand juge impitoyable que les politiciens tentent vainement de réguler, a rendu son verdict. Le premier exercice de cette « Maison » a accouché d'un chiffre d'affaires de 22 millions d'euros pour une perte nette de 4,2 millions. C’est ce qu’on appelle une entreprise zombie : une structure que l'on maintient sous respirateur artificiel judiciaire alors qu'elle est en mort cérébrale commerciale depuis l'ère Vivarte.

Pendant ce temps, Shein et Temu inondent le web de plastique à prix cassés, et Vinted permet d'acheter mes Minelli préférées, à peine portées, pour 35 euros. Pourquoi irais-je payer le prix fort pour financer les baux commerciaux exorbitants de boutiques désertes dans des centres commerciaux premium?

Le 30 mai, les boutiques fermeront pour de bon. Il ne nous restera plus qu'à aller chez Noz racheter les derniers stocks pour trois francs six sous. C'est ça, la fin de l'histoire : la finance se casse les dents sur ses propres escarpins, et c’est le soldeur du coin qui ramasse les morceaux. Triste, mais d'une logique court-termiste implacable.


Partager cet article
Commentaires

S'abonner au Courrier des Stratèges

Abonnez-vous gratuitement à la newsletter pour ne rien manquer de l'actualité.

Abonnement en cours...
You've been subscribed!
Quelque chose s'est mal passé
Comment Trump a permis d'industrialiser les délits d'initié en bourse...

Comment Trump a permis d'industrialiser les délits d'initié en bourse...

par Vincent Clairmont Près de 800 millions de dollars de positions vendeuses sur les contrats à terme pétroliers ont été placés le 8 juin à 8 h 24, heure de New York, selon les données de séance horodatées publiées par The Kobeissi Letter. Vingt et une minutes plus tard, à 8 h 45, le ministre iranien des Affaires étrangères Abbas Araghchi déclarait le détroit d'Ormuz « complètement ouvert ». À 9 h 10, les cours s'étaient effondrés. Le Brent, qui avait touché 126 dollars au pic de mars, refluai


Rédaction

Rédaction

Léon XIV, l'IA et la nouvelle tour de Babel, par Eric Lemaire

Léon XIV, l'IA et la nouvelle tour de Babel, par Eric Lemaire

L'encyclique *Magnifica Humanitas* n'est pas vraiment un texte sur l'intelligence artificielle. C'est un texte sur le pouvoir. Sous prétexte d'IA, Léon XIV réactive toute la doctrine sociale de l'Église pour mettre en garde contre une nouvelle forme de totalitarisme technologique. Le constat est souvent juste : concentration du pouvoir numérique, tentation transhumaniste, risques militaires, manipulation de l'information. Mais le remède reste flou : davantage de régulation, davantage de gouverna


Rédaction

Rédaction

Réponse à un lecteur : un héritage de 150 000 € ne se place pas sur cinq ETF de défense après +69 %

Réponse à un lecteur : un héritage de 150 000 € ne se place pas sur cinq ETF de défense après +69 %

par Vincent Clairmont Un lecteur veut placer les 150 000 euros d'un héritage sur les cinq ETF de défense et de cybersécurité de notre article du 7 avril, après une hausse de près de 70 %. Mais ce papier disait « spéculatifs », et son volet jumeau s'adressait à qui possède déjà une épargne de sécurité. La performance passée n'est pas un point d'entrée, et « défense » n'a jamais voulu dire « défensif ». LE COURRIER DES STRATÈGES Restez libre ! LA NEWSLETTER · GRATUITE Le Courrie


Rédaction

Rédaction

Quand le pétrole fait la politique monétaire : protéger son épargne en régime d'inflation importée

Quand le pétrole fait la politique monétaire : protéger son épargne en régime d'inflation importée

par Vincent Clairmont L'inflation de la zone euro est repartie à 3,2 %, tirée par l'énergie et la guerre au Moyen-Orient. La Banque centrale européenne, prisonnière d'un choc qu'elle n'a pas créé, s'apprête à relever ses taux. Pour l'épargnant, le rendement réel du « sans risque » est déjà négatif — voici comment protéger son patrimoine sans parier sur le prochain baril. LE COURRIER DES STRATÈGES Restez libre ! LA NEWSLETTER · GRATUITE Le Courrier, chaque matin. L'essentiel de


Rédaction

Rédaction