Depuis l'automne 2024, une vague médiatique présente l'hexane (solvant pétrolier utilisé pour extraire les huiles végétales ) comme un poison dissimulé dans nos assiettes. Livre à charge, rapport Greenpeace, proposition de loi, tribune de 28 médecins dans Le Monde : la mécanique d'alarme semble parfaitement huilée. Trop parfaitement. Que Choisir et Le Point ont suivi le fil, et ce qu'ils ont trouvé en bout de chaîne n'est pas un empoisonneur industriel, mais une petite start-up dunkerquoise qui a tout à gagner du chaos.

L’hexane est effectivement utilisé massivement dans l’industrie agroalimentaire pour extraire les huiles de colza, de soja ou de tournesol. Ce procédé permet d’obtenir des rendements élevés et des tourteaux très protéinés destinés à l’élevage intensif. Des résidus infimes peuvent ensuite se retrouver dans certains produits animaux, notamment le lait, le beurre ou la viande. Depuis un an, plusieurs campagnes présentent pourtant cette substance comme un « poison caché » responsable de maladies neurologiques, d’infertilité ou de troubles chroniques.
Une croisade sanitaire aux intérêts bien alignés
Depuis le printemps 2025, le récit est rodé. D'abord en mai 2025, la cellule investigation de Radio France publie des analyses détectant des résidus d'hexane dans des produits courants.

Le 18 septembre 2025, le journaliste Guillaume Coudray sort De l'essence dans nos assiettes aux éditions La Découverte , aussitôt encensé par Le Monde. Quelques jours plus tard, Greenpeace France publie un rapport affirmant que 36 des 56 produits testés soit plus d'un sur deux, contiennent des résidus d'hexane, dont des huiles, du beurre, du lait infantile et de la viande de poulet. En janvier 2026, un rapport parlementaire co-signé par les députés Richard Ramos et Julien Gabarron conclut sans nuance que « l'hexane est un produit dangereux ». La machine à panique tourne à plein régime.
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Pourtant, un détail capital circule peu : l'étude d'avril 2025 suspectant la présence d'hexane dans des produits alimentaires français a été réalisée dans le cadre du projet EcoXtract Protéines, lequel vise précisément à remplacer l'hexane par le produit de la société EcoXtract.

Ce même laboratoire universitaire avait déjà travaillé pour Radio France. Quant à Greenpeace France, elle est le seul des 28 bureaux internationaux de l'ONG, présente dans 55 pays, à s'être lancé dans une telle campagne , une singularité géographique pour un risque présenté comme mondial.
EcoXtract au cœur du dispositif, démasquée
L'enquête de la cellule investigation de Que Choisir, publiée en janvier 2026, révèle que le buzz a été en partie construit par une entreprise qui a tout à y gagner, et repose sur des données fragiles. Cette entreprise, c'est EcoXtract, start-up dunkerquoise fondée en 2024 par Laurence Jacques, polytechnicienne et ancienne des Mines.

Son plan d'action consiste à lever 10 millions d'euros auprès de fonds d'investissement, obtenir une bourse de 2,5 millions d'euros auprès du programme européen EIC Accelerator, et lancer un label « Hexane free ». Le 2 avril 2025, elle pitchait devant des investisseurs réunis par Bpifrance au palais Rameau de Lille, en ouvrant sur des cas de maladies neurologiques et d'infertilité. Une rhétorique de la catastrophe, parfaitement calibrée pour lever des fonds.

Son alternative, le 2-méthyloxolane, a reçu le feu vert de l'EFSA en février 2022 pour un usage alimentaire. Elle a désormais besoin que le marché y bascule. Or, sans interdiction de l'hexane, aucune transition forcée n'est envisageable. D'où l'intérêt d'orchestrer, ou du moins d'alimenter, une panique réglementaire.

L’hexane est probablement moins le cœur du scandale que le révélateur d’une guerre économique entre anciens et nouveaux acteurs de l’agroalimentaire. D’un côté, les multinationales historiques défendent leurs marges. De l’autre, une nouvelle génération de start-up « vertes » cherche à capter financements publics, subventions et marchés en instrumentalisant parfois la peur sanitaire.
Le consommateur, lui, reste coincé entre deux récits intéressés : celui des industriels qui minimisent systématiquement les risques et celui d’entrepreneurs de la transition écologique qui transforment chaque inquiétude sanitaire en opportunité commerciale.



