Le rapport Alloncle est publié (vous pouvez le télécharger ci-dessous !). Elise Rochefort l'a déconstruit sous un spectre libertarien. Voici son analyse.

L'enregistrement à la Présidence de l'Assemblée nationale, le 27 avril 2026, du rapport de la commission d'enquête sur la neutralité, le fonctionnement et le financement de l'audiovisuel public marque une étape décisive dans la mise à nu des contradictions inhérentes à l'intervention de l'État dans le champ de la communication.
Pour un analyste s'inscrivant dans la tradition libertarienne, ce document de 557 pages, fruit de 150 heures d'auditions et de l'interrogatoire de 234 personnes, ne doit pas être lu comme une simple liste de recommandations administratives, mais comme le procès-verbal d'une faillite morale et économique prévisible. Ce rapport, porté par le député Charles Alloncle, documente avec une précision chirurgicale les symptômes d'une pathologie que Murray Rothbard ou Pascal Salin identifieraient comme l'extension métastasique de l'État-prédateur dans l'esprit des citoyens.
L'analyse libertarienne postule que toute action de l'État financée par la coercition fiscale est illégitime, car elle viole le principe de non-agression et les droits de propriété individuelle. En conséquence, l'existence même d'un pôle audiovisuel public, quel que soit son degré de "neutralité" ou d'"efficience", constitue une agression contre la souveraineté des individus. Le rapport n° 2698 révèle que l'audiovisuel public français est devenu une machine à 4 milliards d'euros par an, financée par une spoliation légale dont les modalités ont évolué de la redevance vers une fraction de la TVA, rendant la contrainte plus diffuse mais non moins réelle. Cette étude se propose de déconstruire les conclusions du rapport Alloncle à l'aune de la théorie de l'ordre spontané, de la critique du capitalisme de connivence et de l'impératif de désétatisation totale.

Le péché originel : la spoliation légale par l'impôt
La première dimension de l'analyse concerne la nature même du financement de l'audiovisuel public. Le rapport Alloncle souligne que la charge pour l'État est de l'ordre de 4 milliards d'euros, désormais transférée à l'ensemble des contribuables suite à la suppression de la contribution à l'audiovisuel public (CAP). D'un point de vue libertarien, ce glissement fiscal illustre parfaitement la théorie du parasitisme étatique de Rothbard : l'État ne produit rien, il confisque les ressources de ceux qui produisent pour les allouer à des activités qui servent sa propre perpétuation.

Le passage à un financement par une fraction de la TVA, entériné par la loi de finances rectificative pour 2022, est une stratégie d'invisibilisation de la taxe. Alors que la redevance était un prélèvement identifié qui permettait une certaine forme de résistance (par exemple en refusant de posséder un téléviseur), la budgétisation universelle via la TVA transforme chaque acte de consommation en une contribution forcée au narratif étatique. L'effort financier total consenti par l'État, que le rapport juge "significatif pour le budget", représente une réallocation autoritaire de ressources qui, dans un marché libre, auraient été dirigées vers des services choisis volontairement par les consommateurs.
Source : Synthèse basée sur le rapport Alloncle
La perspective libertarienne rejette l'argument de l'intérêt général souvent brandi par les défenseurs du service public, notamment dans les contributions des groupes Socialistes et Écologistes. L'intérêt général est ici une fiction sémantique utilisée pour masquer les intérêts particuliers d'une bureaucratie médiatique et des "intellectuels de cour" chargés de légitimer le pouvoir. Le fait que France Télévisions accumule un déficit inquiétant malgré des ressources publiques en hausse sur dix ans démontre que l'absence de mécanisme de profit et perte conduit inévitablement à une dilapidation des ressources.

La chimère de la neutralité : propagande et endoctrinement
Le rapport de la commission d'enquête consacre une part prépondérante aux manquements aux obligations de neutralité, d'honnêteté et d'impartialité. Le document cite des "biais militants" dans le traitement de sujets environnementaux, l'humour érigé en expression militante, et des dérives sur France TV Slash visant à représenter la France "telle qu'on voudrait qu'elle soit" plutôt que telle qu'elle est. Pour un libertarien, ces constats ne sont pas des accidents de parcours mais la fonction primaire d'un média d'État.
Comme le définit le concept de "state primary socialization indoctrination", l'État utilise ses médias pour conditionner les citoyens dès l'enfance afin qu'ils acceptent son autorité comme naturelle et nécessaire. L'audiovisuel public n'est pas un arbitre neutre du débat démocratique, mais un instrument de "soft despotism" (Tocqueville) qui marginalise les perspectives dissidentes tout en amplifiant les récits pro-État. Le rapport Alloncle documente ainsi une "hostilité ciblée et assumée" et une "sous-représentation chronique" de certaines formations politiques. Cette partialité est structurelle : une institution financée par la force ne peut être neutre vis-à-vis de la force qui la nourrit.
L'affaire Cohen-Legrand, qualifiée de cas emblématique par le rapport, illustre la porosité entre les figures de l'audiovisuel public et les engagements partisans. Dans une société libre fondée sur la propriété privée, la partialité d'un journaliste n'est pas un problème moral en soi ; elle devient une agression dès lors que ce journaliste est rémunéré par l'argent extorqué aux contribuables qui ne partagent pas ses vues. L'illusion de la neutralité sert à maintenir le consentement de la majorité spoliée en lui faisant croire que le média "lui appartient".

L'échec de la régulation et le théâtre de l'Arcom
Le rapport pointe les lacunes de l'Arcom, autorité souvent dépassée et faisant preuve d'une "asymétrie manifeste" dans l'usage de la sanction pécuniaire, au détriment des seuls éditeurs privés. Cette observation valide la thèse libertarienne de la capture réglementaire : les agences de régulation sont des extensions du pouvoir étatique destinées à protéger le monopole public en imposant des barrières à l'entrée et des contraintes normatives aux acteurs privés.
L'obligation de "pluralisme interne" imposée par la loi de 1986 est un carcan bureaucratique qui tente de simuler la diversité par le calcul mathématique des temps de parole. Le libertarien oppose à cette planification centrale le concept de pluralisme externe, qui nait de la multitude des propriétaires privés en concurrence sur un marché libre des idées. En forçant chaque chaîne à être "équilibrée", l'État castre la liberté éditoriale et empêche l'émergence d'une véritable diversité d'opinions qui ne peut exister que dans l'expression franche et assumée de perspectives variées.
Le rapport souligne que le périmètre d'intervention du régulateur est encore incomplet, citant Arte ou LCP-AN. La recommandation du rapporteur de soumettre ces chaînes au contrôle de l'Arcom est, du point de vue libertarien, une erreur : au lieu de libérer le secteur, on cherche à étendre le filet de la surveillance étatique. La véritable solution n'est pas de mieux réguler, mais d'abolir toute forme de régulation de contenu, rendant le spectre hertzien à la propriété privée pure.

Le capitalisme de connivence : l'audiovisuel public comme machine à rente
Une section majeure du rapport traite des conflits d'intérêts et de l'externalisation massive de la production. On y découvre un système où France Télévisions délègue son contenu à des sociétés de production comme Mediawan ou Banijay, créant une imbrication malsaine d'intérêts publics et privés. Pour l'analyste libertarien, c'est l'essence même du "crony capitalism" : l'utilisation de fonds publics pour engraisser un oligopole de producteurs bien introduits dans les cercles du pouvoir.
Le système des animateurs-producteurs, dénoncé par le rapport, est une distorsion flagrante du risque entrepreneurial. Dans un marché libre, le producteur assume le risque de perte si son émission échoue à attirer un public volontaire. Dans le système actuel, les marges de ces sociétés sont garanties par des contrats d'État opaques, financés par le contribuable, indépendamment de la qualité réelle ou de la satisfaction du "client". Le rapport note que France Télévisions ne contrôle plus la ligne éditoriale de dizaines d'heures de programme tout en les payant. C'est la consécration du parasitisme : le secteur privé "indépendant" vit en réalité des subsides de la force publique, transformant la production culturelle en une simple chasse aux rentes administratives.
L'ascension fulgurante de certains cadres, comme mentionné pour le cas Sitbon-Gomez, et la "valse des directeurs" témoignent d'une gouvernance où la proximité politique et syndicale prime sur la compétence économique. La structure même de France Télévisions, avec ses "dépenses somptuaires nombreuses et injustifiées" et ses voitures de fonction, est typique d'une organisation qui ne craint pas la faillite. Sans la discipline du marché, les dirigeants de l'audiovisuel public se comportent comme des propriétaires de biens qu'ils n'ont pas produits, gaspillant le capital social dans des projets sans viabilité comme la plateforme Salto, dont les pertes nettes se sont élevées à 57,7 millions d'euros.
La faillite du calcul économique et l'inefficience structurelle
Ludwig von Mises a démontré que sans prix de marché, le calcul économique est impossible. L'audiovisuel public en est l'illustration parfaite : il consomme des ressources sans pouvoir mesurer leur utilité sociale réelle. Le rapport Alloncle note l'absence d'une comptabilité analytique par nature de charges malgré les demandes répétées des organismes de contrôle. Cette opacité n'est pas un défaut technique, c'est une protection nécessaire pour une administration qui refuse de révéler l'ampleur de son inefficience.

La masse salariale non maîtrisée, héritage de rigidités organisationnelles anciennes, et le niveau de rémunération élevé (moyenne de 72.000 euros à France Télévisions contre 48.000 euros dans le secteur culturel) démontrent que le service public est d'abord au service de ses propres agents. Les syndicats, mentionnés pour leur opposition à toute réforme, agissent comme des cartels protégeant des privilèges financés par la contrainte légale. Le rapporteur Alloncle propose un plan de réduction des dépenses de 1 milliard d'euros, mais d'un point de vue libertarien, toute économie qui ne s'accompagne pas d'une restitution immédiate de l'argent aux contribuables est un leurre.
La recommandation de réaffecter les économies à la "rénovation du patrimoine et à la réduction de la dette" (p. 426) est particulièrement critiquable. Au lieu de cesser la spoliation, on propose simplement de changer la destination des fonds volés. Pour un libertarien, l'État n'a pas plus de légitimité à entretenir des châteaux qu'à produire des journaux télévisés ; ces deux activités relèvent de la propriété privée et de l'échange volontaire. Le patrimoine monumental devrait être géré par des fondations privées ou des propriétaires individuels, libérés des taxes qui servent aujourd'hui à financer la propagande médiatique.
Critique de la gouvernance et des nominations : la main invisible du politique
Le rapport Alloncle documente longuement les "interférences et manipulations" dans la nomination des dirigeants, citant notamment le rôle de François Hollande dans l'élection de Delphine Ernotte. Ce constat met en lumière l'hypocrisie de la notion d'"indépendance" de l'audiovisuel public. Une institution dont les chefs sont nommés par le pouvoir politique, ou par des instances nommées par le pouvoir politique, est par nature une courroie de transmission.
Le rapporteur suggère paradoxalement de renforcer le rôle du Président de la République et du Parlement dans ces nominations, au nom d'une plus grande "neutralité et compétence". C'est ici que l'analyse libertarienne diverge radicalement de la vision réformiste d'Alloncle. Vouloir "sauver" l'audiovisuel public en le rattachant plus directement à l'exécutif est une régression vers l'ORTF, comme le dénoncent les députés de gauche, mais pour des raisons de contrôle d'État plutôt que de liberté individuelle. Pour le libertarien, changer le mode de nomination du "Maître des ondes" ne libère pas l'esclave-contribuable. La seule réforme de gouvernance cohérente est la suppression pure et simple des postes de direction publics par la dissolution des structures étatiques.
Les comités d'éthique (Chipip), décrits comme des instances sans moyens ni résultats, ne sont que des simulacres de contrôle destinés à rassurer le public sur la moralité d'un système structurellement amoral car fondé sur l'impôt. L'éthique journalistique ne peut découler d'un comité nommé par la direction qu'il est censé surveiller. Elle est un produit de la réputation sur un marché libre où le mensonge est sanctionné par la désertion des clients et la faillite.
Le mirage de la souveraineté culturelle et le cas France TV Slash
L'argument de la "souveraineté culturelle" est le dernier refuge des interventionnistes. Le président de la commission, Jérémie Patrier-Leitus, affirme que la France a besoin d'un audiovisuel public "fort, indépendant et souverain" face aux plateformes mondiales. Cette rhétorique nationaliste masque une volonté de contrôle de l'esprit public. La culture ne peut être "souveraine" que si elle est le produit spontané des interactions entre individus libres, et non une commande administrative destinée à forger une identité nationale artificielle.

Le cas de France TV Slash est à cet égard révélateur. Le rapport critique son ambition de ne plus représenter la France telle qu'elle est, mais telle qu'on voudrait qu'elle soit. Ce projet d'ingénierie sociale, visant spécifiquement la jeunesse, est une forme de "capture des esprits" financée par le contribuable. L'éducation aux médias, qu'Alloncle souhaite inscrire parmi les missions fondamentales, est une autre facette de cet endoctrinement : sous couvert de lutte contre les "fake news", l'État s'octroie le monopole de la définition de la vérité, délégitimant toute pensée critique à l'égard de ses propres institutions.
Vers une désétatisation totale : au-delà du plan Alloncle
Le rapport Alloncle, malgré sa lucidité sur les dérives budgétaires et les biais militants, reste prisonnier du paradigme étatiste. Il propose de rationaliser, de fusionner, de recentrer, mais jamais d'abolir. Pour un libertarien, son plan de réduction de 1 milliard d'euros n'est qu'une demi-mesure timorée. La seule solution morale et économique est la sortie totale de l'État du secteur audiovisuel.
Abolition de la coercition fiscale
La fraction de TVA allouée à l'audiovisuel doit être immédiatement supprimée, et le pouvoir d'achat ainsi rendu aux citoyens. Il n'appartient pas à l'État de juger si un individu doit dépenser son argent pour s'informer sur France Inter ou pour s'abonner à une revue indépendante.

Privatisation radicale et intégrale
Les entités France Télévisions, Radio France, France Médias Monde et l'INA doivent être vendues aux enchères à des propriétaires privés. Le produit de ces ventes doit servir à désendetter le pays ou, mieux, être redistribué aux contribuables sous forme de chèques-restitution. La privatisation ne doit pas aboutir à la création de nouveaux monopoles protégés, mais à une fragmentation du secteur favorisant la concurrence pure et parfaite.

Libération du spectre et fin de l'Arcom
La gestion du spectre hertzien comme un "domaine public" est une usurpation. Les fréquences devraient être des propriétés privées, échangeables librement, sans qu'un régulateur puisse imposer des "obligations de service public" ou des quotas de contenu. L'Arcom, instrument de censure douce et de protection des rentes, doit être abolie.
Le crépuscule d'un monopole illégitime
Le rapport Alloncle documente involontairement l'agonie d'un modèle centralisé et coercitif né à l'ère de la rareté des ondes et devenu obsolète à l'ère de l'abondance numérique. La guerre picrocholine entre le président Patrier-Leitus et le rapporteur Alloncle sur la "neutralité" masque l'essentiel : aucune institution financée par le vol légalisé ne peut prétendre à la neutralité ou à l'impartialité.
L'audiovisuel public français n'est pas un "bien commun", c'est une "parole captive". Pour le libertarien, la liberté de communication ne sera effective que lorsque le dernier euro public aura quitté le dernier studio de télévision. Il est temps de rendre aux Français leur souveraineté informationnelle et de laisser l'ordre spontané du marché des idées remplacer la propagande subventionnée. Le rapport Alloncle a ouvert les yeux sur la gabegie ; il reste aux citoyens à exiger la fin de la tutelle.
En fin de compte, l'analyse des 4 milliards d'euros dépensés et du milliard que l'on propose d'économiser ne doit pas occulter la question fondamentale : qui a le droit de parler au nom de qui avec l'argent de qui? L'État a usurpé ce droit depuis trop longtemps. La privatisation n'est pas une option technique, c'est un impératif moral de restitution de la propriété et de la liberté.
