Thomas Sowell, économiste américain né en 1930, longtemps chercheur à la Hoover Institution de l'université Stanford, a consacré plusieurs ouvrages aux politiques de préférence de groupe. Le plus systématique, Affirmative Action Around the World: An Empirical Study, a été publié par Yale University Press en 2004, prolongeant un essai antérieur de 1990. Classé parmi les économistes de tradition libérale de marché, parfois rangé comme conservateur, parfois comme libertarien, Sowell y défend une thèse de méthode avant d'être une thèse politique : évaluer la discrimination positive non par ses intentions, mais par ses résultats mesurés.

L'ouvrage repose sur une comparaison internationale de cinq pays ayant institué des préférences de groupe sur des bases différentes : les États-Unis (préférences raciales), l'Inde (réservations pour les castes répertoriées et les tribus), la Malaisie (préférences en faveur des Malais, dites bumiputera, à partir de la Nouvelle politique économique de 1971), le Sri Lanka (standardisation des admissions universitaires au détriment de la minorité tamoule) et le Nigeria (principe du « caractère fédéral »). Le choix de comparer des dispositifs portant sur la race, la caste, l'ethnie ou la région constitue à la fois la singularité de la démarche et l'un des points les plus discutés par ses critiques.
De cette comparaison, Sowell tire plusieurs observations récurrentes.
La première concerne la répartition des bénéfices à l'intérieur des groupes visés : dans les cinq pays, la fraction déjà la plus favorisée du groupe préféré capte, selon lui, la part principale des avantages, tandis que les membres les plus défavorisés en profitent peu.
La deuxième porte sur l'inadéquation, ou mismatch : l'admission d'étudiants dans des établissements plus sélectifs que ne le permettrait leur dossier les exposerait à un risque d'échec accru, là où une orientation vers des institutions correspondant à leur niveau aurait, soutient-il, favorisé leur réussite.
La troisième observation est temporelle : des mesures présentées comme transitoires deviennent permanentes, parce qu'elles sont jugées sur leurs objectifs affichés et non sur leurs effets constatés.
La quatrième est politique : Sowell associe ces dispositifs à un accroissement des tensions entre groupes, le cas du Sri Lanka servant d'illustration extrême, la standardisation des admissions des années 1970 ayant précédé l'aggravation du conflit intercommunautaire.
Ces conclusions ont été contestées.
Plusieurs recensions académiques, dont celle publiée par le réseau H-Net, ont reproché à l'ouvrage une sélection des cas orientée vers la démonstration, une attention insuffisante aux injustices historiques que ces politiques visaient à corriger, et le passage rapide de la corrélation à la causalité, notamment dans l'exemple sri-lankais. Les défenseurs des politiques de préférence font valoir que celles-ci ont accru la représentation de groupes auparavant exclus, que la diversité des recrutements présente une valeur propre, et que l'hypothèse du mismatch est elle-même discutée : des travaux ultérieurs, en particulier le débat suscité aux États-Unis par les études de Richard Sander sur les facultés de droit, ont donné lieu à des conclusions divergentes, plusieurs chercheurs estimant que les bénéficiaires de la discrimination positive obtiennent leurs diplômes et accèdent aux professions visées. Le différend porte autant sur les données mobilisées que sur les critères d'évaluation retenus.
La question se pose en des termes particuliers en France.
Le modèle républicain repose sur un principe d'égalité formelle qui exclut, en droit, la distinction des citoyens selon l'origine, et la collecte de statistiques ethniques y est strictement encadrée. La discrimination positive n'y a donc pas pris une forme raciale mais territoriale : zones d'éducation prioritaire créées en 1981, puis réseaux d'éducation prioritaire, et dispositifs d'accès dérogatoire à certaines grandes écoles, dont les conventions éducation prioritaire de Sciences Po lancées en 2001. Le débat français a connu un moment de visibilité au tournant des années 2000, certains responsables plaidant pour une reconnaissance assumée de la « discrimination positive », d'autres y voyant une rupture avec l'universalisme. Les travaux de Sowell sont parfois cités dans ce débat, principalement par les opposants aux préférences de groupe ; ses contradicteurs objectent que la transposition de cas étrangers, fondés sur des catégories que le droit français refuse, en limite la portée.
L'ouvrage de Sowell ne fournit donc pas une réponse univoque, mais un déplacement de la question. Il invite à distinguer les objectifs annoncés d'une politique de ses résultats observables, et à mesurer ces derniers sur la durée et à l'intérieur des groupes concernés, plutôt qu'à l'échelle agrégée. Ses détracteurs lui opposent que cette grille, présentée comme purement empirique, repose elle-même sur un choix de ce qui compte comme résultat. Le débat reste ouvert, et les données disponibles, d'un pays et d'une période à l'autre, ne permettent pas à ce jour de le clore.
