La BCE s'apprête à relever ses taux face à un choc d'offre énergétique qu'aucun resserrement monétaire ne peut corriger. Le mécanisme est connu : faute de pouvoir agir sur la cause, la banque centrale agit sur l'épargnant et l'emprunteur. Le citoyen paie deux fois — au prix de l'énergie, puis au coût du crédit.

L'inflation de la zone euro est remontée à 3,0 % sur un an en avril 2026, son plus haut niveau depuis septembre 2023, selon l'estimation publiée par Eurostat et reprise dans le bulletin de la BCE. Le taux de dépôt, lui, est resté fixé à 2,00 % depuis juin 2025. L'écart entre l'inflation constatée et le taux directeur signifie que le taux réel servi à l'épargnant est redevenu négatif : autour de –1 point. C'est le point de départ de ce qui suit, et il faut le poser avant tout commentaire.

Le marché a changé d'anticipation en l'espace de deux mois. En mars 2026, l'enquête de place donnait une BCE immobile pour le reste de l'année. En mai, un sondage Bloomberg auprès des économistes table sur deux relèvements de 25 points de base, l'un attendu le 11 juin, l'autre en septembre. Le taux de dépôt passerait alors de 2,00 % à 2,50 % avant la fin de l'année. Ce n'est pas un cycle de resserrement comparable à celui de 2022-2023 ; c'est un ajustement de second rang. Mais il intervient pour des raisons qui méritent d'être nommées avec précision, parce qu'elles ne sont pas celles que le discours institutionnel met en avant.
D'où vient cette inflation
Il faut distinguer deux sources d'inflation, et la distinction n'est pas académique. La première est une inflation de demande : trop de monnaie pour trop peu de biens, expansion du crédit, surchauffe de l'activité. La seconde est une inflation d'offre : un renchérissement des intrants — énergie, transport, matières premières — qui se diffuse dans toute la chaîne de prix sans qu'il y ait eu le moindre excès de demande.
