Si depuis le début de l'année 2025, CNews régnait sans partage sur les chaînes info, ce leadership est aujourd’hui terminé. CNews dégringole à la troisième place des chaînes d’information. Derrière BFMTV et LCI, la chaîne du groupe Bolloré a perdu une bonne partie de son audience ces derniers mois, sur fond de crises internes et de polémiques à répétition.

Les données Médiamétrie publiées le 4 mai sont sans appel : BFMTV domine avec 2,9 % de part d'audience, LCI s'installe à 2,7 %, et CNews tombe à 2,6 %. Un mois plus tôt, en mars, la chaîne du groupe Canal+ conservait encore la deuxième place à égalité avec LCI sous BFMTV. La régression est rapide. En un mois, elle passe du statut de leader à celui de suiveur, dans un marché pourtant dopé par une actualité internationale dense.
Crises internes et fragilités éditoriales
Le début d’année a été chaotique. La chute n'est pas le fruit d'un accident conjoncturel. Elle résulte d'une accumulation de turbulences, toutes liées à des choix éditoriaux.
Sonia Mabrouk a démissionné début février, refusant le maintien à l’antenne de Jean-Marc Morandini, condamné définitivement pour corruption de mineurs et harcèlement sexuel. Ce dernier a fini par quitter l’antenne sous pression.
La grille a dû être entièrement revue. Parallèlement, le maire LFI de Saint-Denis, Bally Bagayoko, a porté plainte pour injure publique à caractère raciste, enquête ouverte, tandis que CNews conteste tout propos raciste.

Enfin, l'ex-magistrat Philippe Bilger, chroniqueur régulier de la chaîne, a publié début avril L'heure des crocs , décrivant un fonctionnement « totalitaire » et une « pensée unique » imposée par la direction. La réponse de CNews : « nous regrettons qu'il soit dans une telle aigreur » a sonné creux.
Le modèle Bolloré rattrapé par ses contradictions
Ces difficultés interviennent dans un contexte de concurrence féroce. BFMTV revendique son statut de « référence » sur une actualité dense (Moyen-Orient, obsèques de Nathalie Baye), tandis que LCI (TF1) réduit l’écart avec la leader et creuse celui avec CNews.

Le groupe Bolloré, souvent présenté comme un contre-pouvoir face aux médias dominants, voit ici les limites d’une stratégie reposant sur une ligne éditoriale très marquée. Les audiences de mars (CNews à 3,2 %, ex æquo avec LCI) avaient déjà montré une fragilité dès que l’actualité internationale s’intensifiait.

Il y a une ironie dans cette séquence. CNews s'est construit sur une ligne ouvertement offensive, volontiers polémique, cultivant une identité de chaîne qui « dit ce que les autres n'osent pas ». Cette posture a fonctionné jusqu'à ce qu'elle se retourne contre elle. Les scandales successifs n'ont pas été imposés de l'extérieur : ils ont été fabriqués de l'intérieur, par des décisions de direction assumées.

LCI, chaîne du groupe TF1, se félicite d'avoir « creusé l'écart » avec CNews. La formule est savoureuse : sans rien changer à son positionnement, elle a simplement profité des erreurs de son concurrent.

La leçon est simple pour ceux qui l'ont ignorée : l'indignation permanente, le mépris comme mode de relation au téléspectateur, la provocation établie en stratégie ... ça fatigue. Et un jour, ça lasse.
