Incitations non économiques : ce que l’économie ne veut pas voir, par Eric Lemaire

Incitations non économiques : ce que l’économie ne veut pas voir, par Eric Lemaire


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Le marché optimise.
La contrainte déclenche.
Guerre, survie, ambition collective : voilà les vrais moteurs des ruptures.


Le libéralisme a raison sur l’économie… mais oublie que l’homme n’est pas rationnel.
La France a les moyens. Elle manque de tension, elle est avachie depuis 1918.

Le confort du modèle économique


Le récit classique est simple. L’innovation viendrait du profit. Les individus, rationnels, poursuivraient leur intérêt et produiraient mécaniquement du progrès.

Ce modèle fonctionne en régime normal.

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La numérisation débouchant sur l’intelligence artificielle est une innovation originale car elle ne bouleverse pas seulement l’économie par ses capacités mais par la vitesse inédite à laquelle elle diffuse ses effets. Uber n’a pas supprimé les chauffeurs, il a transformé leur environnement en quelques années. En Ukraine,

Il explique la microéconomie, l’allocation des ressources, l’efficacité des marchés. Sur ce terrain, le libéralisme classique est difficile à contester.

Mais il devient insuffisant dès que l’on parle de rupture : l’homme n’est pas rationnel au sens économique du terme, il est traversé par des peurs, des instincts, des ambitions, des récits.

Et ce sont ces forces-là qui déclenchent les grandes innovations.

Je ne résiste pas à évoquer celui qui invente le sparadrap parce que sa femme se coupe en faisant la cuisine ; il n’y eu ni business plan ni labo de recherche. Pas non plus pour celui qui invente le hors-bord parce qu’il en a assez de ramer – au sens propre - pour traverser l’Hudson.

Guerre et innovation : remettre les causes à l’endroit


La Seconde Guerre mondiale est souvent invoquée, mais rarement bien comprise.

Oui, elle a stimulé l’économie. L’industrie allemande s’est redéployée rapidement. Les États-Unis ont vu leur PIB plus que doubler entre 1940 et 1945. Les régimes japonais et allemand ont massivement volé.

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Mais ce raisonnement inverse la causalité.

L’innovation ne vient pas de la croissance de guerre.
C’est la guerre qui force l’innovation.

Personne ne développe le radar ou l’ASDIC pour gagner de l’argent.
Personne ne lance le nucléaire pour optimiser une marge.

L’ingénieur qui invente le spitfire avec un cancer en phase terminale recherche l’accomplissement.

Le moteur est existentiel.

Les effets économiques sont réels, mais secondaires. Ils suivent l’effort, ils ne le précèdent pas.

Quand la contrainte accélère tout


Ce schéma n’a pas disparu.

En Ukraine, l’innovation est rapide, brutale, empirique. Des solutions sont développées en quelques semaines, testées, corrigées, redéployées. La logique n’est pas celle du marché. Elle est celle de l’urgence .

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Pendant que les états-majors occidentaux dépensent des milliards dans des programmes d’armement interminables, une petite entreprise née dans l’urgence de la guerre en Ukraine développe drones et missiles à bas coût capables de frapper à des milliers de kilomètres. L’investissement massif en urgence du groupe émirati EDGE

Ce qui change, ce n’est pas seulement la technologie, c’est le comportement.Le risque devient acceptable.L’échec devient tolérable.Le temps s’accélère.Sans contrainte, ces conditions n’existent pas. Du nudge à l’ancienne.

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