L’opposition classique entre État et entrepreneur est largement dépassée. L’innovation moderne repose sur un triptyque : infrastructures publiques, capital privé et incarnation entrepreneuriale. De la DARPA à SpaceX, de la Suisse à Israël, la réalité est hybride. La France n’est pas mal positionnée mais souffre d’un manque de capital long et d’une culture entrepreneuriale encore insuffisante. L’enjeu n’est plus de choisir entre État et marché, mais d’orchestrer leur complémentarité.

Nous autres libéraux et libertariens avons tendance à voir l’État comme un mal nécessaire, cantonné à ses fonctions régaliennes. Si l’on veut être provocateur, son rôle serait de nous protéger, au moindre coût, des autres organisations violentes ou prédatrices.
Cette vision contient une part de vérité. Mais elle devient insuffisante dès que l’on aborde la question de l’innovation à grande échelle.
L’innovation lourde : un domaine hors marché pur
La Seconde Guerre mondiale est un révélateur puissant. Si l’URSS a joué un rôle déterminant, ce n’est pas uniquement pour des raisons idéologiques ou humaines. C’est parce que le conflit était devenu une affaire d’industrie lourde : chars, avions, artillerie, logistique.

Dans ces domaines, l’innovation est extrêmement capitalistique. Elle nécessite des investissements massifs, longs, incertains, sans retour immédiat. Le secteur privé seul ne peut pas en porter la charge, d’autant que le client final reste souvent l’État lui-même.
Ce constat reste valable aujourd’hui.
Les grands programmes technologiques – spatial, défense, énergie, intelligence artificielle – reposent sur des investissements publics initiaux. Le modèle américain est clair : la DARPA finance des ruptures que le marché ne peut pas assumer seul.
L’Ukraine contemporaine en offre une illustration moderne. Depuis plusieurs années, la pression existentielle a créé un alignement rare entre État, industrie et société. Les drones, les systèmes de guerre électronique ou les innovations logistiques sont développés à une vitesse exceptionnelle, précisément parce que la motivation dépasse le simple intérêt économique.
La survie et la fierté nationale sont des moteurs aussi puissants que le profit.
L’innovation légère : le terrain naturel de l’entrepreneur
À l’inverse, dans l’industrie légère et les services, le modèle libéral fonctionne pleinement.
