Liberté d'expression, « pur non-sens » ? ou l'adulte sous tutelle

Liberté d'expression, « pur non-sens » ? ou l'adulte sous tutelle

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Et si la phrase qui a fait scandale — la liberté d'expression en ligne serait un « pur non-sens » — disait moins sur Emmanuel Macron que sur un très vieux réflexe français : celui de traiter le citoyen adulte comme un enfant qu'on protège de lui-même ? Le problème n'est pas qu'on veuille nous garder du mensonge. C'est qu'on désigne, pour cela, un berger.

Il y a un geste que connaissent tous les parents, et qui est l'un des plus tendres qui soient : activer le contrôle parental sur la tablette d'un enfant de dix ans. On bride, on filtre, on interdit certaines portes — non par mépris de l'enfant, mais parce qu'il n'a pas encore les armes pour trier seul ce qui le construit de ce qui l'abîme. Ce geste est juste. Il est même un devoir. Et il a une date de péremption : le jour où l'enfant devient un homme.

Je repense à ce geste chaque fois que j'entends un responsable public expliquer qu'il faut nous protéger de ce que nous lisons. Car ce qu'on fait alors, c'est exactement le contrôle parental — mais appliqué à des adultes. Le filtrage du mineur de dix ans, étendu au citoyen de quarante. Et là, le même geste qui était un devoir devient autre chose, dont notre langue politique a perdu le mot tant elle s'y est habituée : une mise sous tutelle.

La phrase, et ce qu'elle dit vraiment

Soyons honnêtes avec la formule avant de la combattre, parce que la combattre malhonnêtement serait lui donner raison. Emmanuel Macron aurait qualifié la liberté d'expression sur internet de « pur non-sens » — la phrase a beaucoup circulé, parfois dans des versions tendancieuses, et je la prends donc pour ce qu'elle est : un propos rapporté, dont je retiens l'argument plutôt que le claquement. Or l'argument, lui, n'est pas idiot, et c'est ce qui le rend redoutable.

Ce que dit le président, à le bien regarder, ce n'est pas « taisez-vous ». C'est ceci : vous croyez parler librement, mais un algorithme que vous ne voyez pas vous oriente, vous pousse d'un contenu de haine vers le suivant, et personne ne sait comment il est conçu ni entraîné. Donc votre « liberté » serait une illusion fabriquée par une machine privée. Voilà la thèse. Et il faut lui concéder son point exact : l'opacité des algorithmes de recommandation est un vrai problème, documenté, sérieux. Celui qui le nie ne défend pas la liberté, il défend une naïveté.

Le camp d'en face existe aussi, et il a ses excès. La perquisition des locaux parisiens de X au printemps, les poursuites visant Telegram, ont fait surgir le discours du « goulag numérique » — Pavel Durov ironisant que se retrouver sous enquête en France serait « la nouvelle Légion d'honneur ». La formule est efficace. Elle est aussi commode : elle transforme un homme poursuivi en martyr de la cause, et dispense de regarder les faits un par un. Je m'en méfie autant que de la première.

Entre les deux, il y a une troisième lecture, et c'est la nôtre. Le diagnostic de Macron sur l'opacité peut être juste ; son remède est la maladie. Car que propose-

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