Du 20 juillet au 30 septembre, l'hôpital de Sainte-Foy-la-Grande fermera purement et simplement ses urgences et son SMUR. Plus de 50 000 habitants d'un territoire rural rouleront désormais trois quarts d'heure vers Bergerac ou Libourne en cas d'urgence vitale. Les élus locaux crient à l'"inacceptable", l'État, lui, laisse courir.
C'est un été blanc qui s'annonce pour le Pays Foyen et le Castillonnais. La ministre de la Santé a été alertée ce jeudi par une lettre cosignée par les élus du bassin, rassemblés la veille devant l'hôpital. En cause : un déficit de 40% de médecins urgentistes, selon la maire de Sainte-Foy, Christelle Guionie. Le service fonctionnait déjà en mode dégradé, ouvert seulement de 8h30 à 18h30 . Cet été, il fermera désormais intégralement, dix semaines durant. Une première : des fermetures perlées avaient eu lieu en 2023 et en mai dernier, lors des week-ends prolongés, mais jamais de fermeture sèche sur une période aussi longue.
Une carence organisée plus qu'un accident conjoncturel
Réunis devant l'hôpital, les élus du Pays Foyen et du Castillonnais ont adressé une lettre à la ministre de la Santé pour dénoncer une décision qualifiée d'« inacceptable et injuste ». La maire de Sainte-Foy-la-Grande, Christelle Guionie, rappelle que cette fermeture concerne un territoire de plus de 50 000 habitants, dont une part importante est âgée et éloignée des grands centres hospitaliers.
La cause officiellement avancée est connue : près de 40 % des postes de médecins urgentistes sont vacants. Depuis plusieurs mois déjà, les urgences ne fonctionnaient plus qu'en horaires réduits, de 8 h 30 à 18 h 30, tandis que plusieurs fermetures temporaires avaient été décidées lors des ponts du mois de mai. Cette fois, les habitants devront appeler le 15 avant toute prise en charge et seront orientés vers Libourne ou Bergerac, situés à environ quarante-cinq minutes de trajet dans des conditions normales de circulation.
Des décennies de centralisation produisent leurs effets
L'hôpital de Sainte-Foy-la-Grande dépend administrativement du centre hospitalier de Libourne, tandis que l'Agence régionale de santé pilote l'organisation de l'offre de soins. Ce modèle de gouvernance extrêmement centralisé promet depuis des années une optimisation des moyens. Sur le terrain, il se traduit pourtant par une concentration progressive des services hospitaliers au détriment des établissements de proximité.
Les élus locaux réclament désormais une reprise des discussions avec la direction hospitalière et l'ARS afin d'identifier des solutions durables. Mais la fermeture estivale laisse planer une interrogation plus profonde : s'agit-il d'une mesure exceptionnelle ou d'une étape supplémentaire vers une disparition progressive de l'offre d'urgence locale ?
Les rapports de force sont clairs : l’ARS et la direction de Libourne arbitrent en faveur de la concentration des moyens, tandis que les élus locaux, dépourvus de leviers réels, lancent des cris dans le vide.

Pour les campagnes françaises, le risque n'est plus seulement celui du désert médical : c'est celui d'un abandon, où l'État conserve le monopole de l'organisation des soins sans être en mesure d'en garantir l'accès.


