Pourquoi l'Opus Dei fait croire que la liberté est l'adoration du veau d'or ?

Pourquoi l'Opus Dei fait croire que la liberté est l'adoration du veau d'or ?

La liberté, un veau d’or ? L’anti-libéralisme de l’Opus Dei a trois raisons : un héritage désavoué par Vatican II, une anatomie verticale, et un intérêt : le guichet.


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Quatrième volet de notre série. Une prédication séculaire y tient la liberté moderne pour une idolâtrie — le marché pour un veau d'or, le libéralisme pour un culte rendu à Mammon. D'où vient cette équation, et à qui profite-t-elle ? La réponse tient en trois raisons. La troisième n'est pas théologique du tout.

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Il existe un petit livre au format de poche, fait pour tenir dans la paume ou dans la soutane, composé de 999 maximes numérotées — pas une de plus, le fondateur tenait au chiffre —, et ce livre, Camino, bréviaire spirituel de l'Opus Dei tiré depuis à des millions d'exemplaires, a paru dans sa forme définitive en 1939 — l'année exacte où l'Espagne cessait d'être libre pour quarante ans. Je ne crois pas aux hasards de calendrier, mais je crois aux climats : un livre de sainteté publié dans la Valence de la victoire franquiste respire l'air de son temps, et cet air-là tenait le libéralisme pour l'ennemi héréditaire de Dieu.

C'est de cette respiration qu'il faut parler aujourd'hui. Car il court, de la prédication de l'Œuvre aux salles de cours de ses écoles, des cercles de formation aux homélies de ses prêtres, une équation jamais démontrée mais inlassablement suggérée : la liberté des Modernes serait une idolâtrie ; le marché, un veau d'or ; le libéralisme, le culte organisé de Mammon. L'homme libre de choisir serait un homme qui a déjà choisi l'argent.

Disons-le d'emblée, par loyauté : l'Œuvre revendique officiellement la liberté politique de ses membres, et son école de commerce de Barcelone, l'IESE, enseigne l'économie de marché à des générations de cadres avec un zèle que bien des facultés françaises pourraient lui envier. Le paradoxe n'en est que plus épais : voilà une organisation qui forme des banquiers le matin et laisse entendre le soir que la liberté qui les fait vivre est une idole. Pourquoi ?

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Alors, pourquoi l'Opus Dei fait-il croire que la liberté est l'adoration du veau d'or ? Par héritage, d'abord — celui d'une Église du Syllabus que l'Église elle-même a désavouée en 1965. Par anatomie, ensuite — une organisation du commandement ne peut pas célébrer l'ordre spontané sans se renier. Par intérêt, enfin — l'histoire, de Madrid à Lima, montre une Œuvre qui n'a jamais été aussi influente que sous des régimes où la liberté n'existait pas, et il serait naïf de croire que cette affinité n'a pas laissé de doctrine.

J'y vois trois raisons, emboîtées comme des poupées russes. La première est un héritage. La deuxième est une anatomie. La troisième — la plus intéressante, celle qu'on ne dit jamais — n'a rigoureusement rien de théologique.

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Lalaina Andriamparany

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