La Chine veut faire de l’intelligence artificielle un pilier de sa puissance nationale. Depuis le plan du Conseil des affaires d’État de juillet 2017, Pékin vise explicitement le leadership mondial en IA à l’horizon 2030. Cette stratégie impressionne : réforme de l’éducation, centres de données, semi-conducteurs, réglementation, usage militaire. Mais elle porte aussi les faiblesses classiques des grands plans étatiques : mauvaise allocation du capital, conformisme bureaucratique, absence de signal prix et difficulté à reconnaître les échecs. Le vrai sujet n’est donc pas de savoir si la Chine investit beaucoup, mais si elle investit bien.
Face à ce défi, l’Occident aurait tort de copier le dirigisme chinois. Sa meilleure réponse reste libertarienne : moins de bureaucratie, plus d’expérimentation, plus de concurrence, plus de liberté pour les chercheurs et les entrepreneurs.
La Chine a fait de l’IA une priorité d’État
Pendant que l’Europe débat de régulation et que les États-Unis s’appuient sur les géants privés de la Silicon Valley, la Chine poursuit une stratégie plus verticale : faire de l’intelligence artificielle un outil de puissance nationale. Le point de départ officiel est connu. Le 8 juillet 2017, le Conseil des affaires d’État publie le Plan de développement de l’intelligence artificielle de nouvelle génération, qui fixe l’objectif de faire de la Chine un leader mondial de l’IA d’ici 2030.

Depuis, cette orientation s’est étendue à l’éducation, à l’industrie, aux semi-conducteurs, aux infrastructures de calcul, à la surveillance, à la défense et à la diplomatie technologique. En juin 2026, les universités chinoises réorganisent leurs cursus autour de l’IA, des semi-conducteurs, de la robotique ou de l’agriculture numérique, dans le cadre du quinzième plan quinquennal 2026-2030.

L’approche chinoise est cohérente. Elle ne consiste pas seulement à produire des équivalents locaux de ChatGPT. Elle vise à transformer l’appareil productif, l’école, l’université et l’armée. C’est une stratégie de civilisation industrielle.
Quelques décisions qui donnent du corps à la stratégie
Deux décisions permettent de comprendre la méthode chinoise. En 2017, Pékin fixe un objectif national de leadership mondial en IA à l’horizon 2030. En 2023, la Chine adopte des mesures contraignantes sur l’IA générative, entrées en vigueur le 15 août 2023, qui imposent aux services publics d’IA de respecter les “valeurs socialistes fondamentales” – lol - et de se soumettre à des procédures d’enregistrement et de sécurité.
Deux autres décisions récentes montrent l’extension du domaine. À Pékin, l’enseignement de l’IA devient obligatoire à l’école à partir de l’automne 2025, avec au moins huit heures annuelles du primaire au lycée. En 2025, la Chine impose aussi un marquage des contenus générés par IA, avec labels visibles et identifiants lisibles par machine à partir du 1er septembre 2025.
Les décideurs chinois parlent puissance, pas gadgets
Les responsables chinois ne présentent pas l’IA comme un simple marché. Xi Jinping l’inscrit dans la logique des “nouvelles forces productives”, c’est-à-dire une montée en gamme industrielle fondée sur les technologies de rupture. Cette expression est devenue centrale dans le discours économique chinois et renvoie à la transformation de la productivité totale par l’innovation technologique.


