Depuis le déclenchement du plan blanc par l'ARS Île-de-France le 26 juin, des chambres à 40 °C, des brancards entassés dans les couloirs de l'hôpital de Montfermeil, des ambulances du SAMU où le thermomètre dépasse les 50 °C : la CGT Santé elle-même parle de « faire crever les gens ». Vingt-trois ans après 2003, l'État qui prélève près de 57 % de la richesse nationale n'a toujours pas de plan pour climatiser un hôpital.
Vingt-trois ans après la canicule de 2003 et ses 15 000 morts, le service public de santé, financé à coups de prélèvements obligatoires record, se révèle toujours incapable d'anticiper l'évidence : il fait chaud en été.
Un système à bout de souffle, malgré des milliards engloutis
Le constat dressé par la Fédération CGT de la Santé dans sa lettre ouverte au Premier ministre est accablant : chambres à 35-40 °C, absence de pains de glace aux urgences, médicaments dénaturés par la chaleur, véhicules du SAMU dépassant 50 °C.
Dans un service, quatre décès en quatre jours sont attribués à une « surmortalité anormale ». Les appels au centre 15 bondissent de 28 % à 200 % selon les zones, sans renfort d'effectifs.
Par ailleurs, depuis le déclenchement du plan blanc par l'ARS Île-de-France le 26 juin, les témoignages venus des établissements se multiplient. À Montfermeil, les couloirs des urgences débordent de brancards tandis que le manque de personnel est tel que certains patients âgés ne peuvent même plus être hydratés régulièrement.

Ce n'est pourtant pas faute de moyens théoriques : la dépense publique de santé française figure parmi les plus élevées d'Europe, financée par un taux de prélèvements obligatoires qui frôle les 45 % du PIB. L'argent existe. Il est simplement mal alloué par une bureaucratie sanitaire technocratique, incapable de transformer les cotisations en climatiseurs.
Quand le « système D » remplace l'investissement public
Faute d'anticipation, les soignants improvisent. Certains nettoient eux-mêmes les climatiseurs, achètent du matériel sur leurs propres deniers( jusqu'à 800 euros dans un service ) ou installent couvertures de survie et draps humides aux fenêtres pour maintenir les chambres à une température supportable. La Protection civile est parfois appelée pour rafraîchir les patients.

La CGT réclame l'application immédiate du décret du 27 mai 2025 sur les risques liés à la chaleur, des effectifs supplémentaires et un vaste plan de rénovation des établissements. Elle dénonce également des semaines de plus de 60 heures, des congés supprimés et une gestion permanente de l'urgence.
Personne ne pose la question qui dérange : pourquoi un secteur intégralement piloté par l'État, protégé de toute concurrence, mobilisant des dizaines de milliards chaque année, se retrouve-t-il à dépendre de la charité d'un syndicat et de la carte bleue personnelle d'un infirmier ? Le monopole public n'a pas manqué de moyens : il a manqué d'incitations à bien les utiliser. Tant que la sanction de l'échec restera administrative et jamais financière, les vieux continueront de mourir de chaud dans des couloirs climatisés sur le papier , et nulle part ailleurs.

