L’État durcit sans cesse son arsenal contre le narcotrafic, mais dans la prison d’Aiton, le trafic aurait prospéré grâce à la corruption de ceux chargés de le combattre. Deux anciennes surveillantes et une ex-policière ont été condamnées jeudi 3 septembre par le tribunal judiciaire d’Albertville.
Le tribunal judiciaire d'Albertville a rendu, jeudi 3 septembre, son jugement dans l'affaire de corruption qui a secoué le centre pénitentiaire d'Aiton (Savoie). Quatre fonctionnaires jugés, trois carrières brisées, une administration mise à nu.
Trois fonctionnaires condamnées à de la prison ferme
Le dossier porte sur un système présumé de corruption au sein de la prison d’Aiton, en Savoie. Selon les éléments rapportés à l’audience, une ancienne surveillante de 28 ans a reconnu avoir cédé « par sentiment » à un détenu, Samy Rebboah. Elle a été condamnée à deux ans de prison ferme, avec mandat de dépôt immédiat.
Une autre surveillante a reconnu avoir reçu 3 000 euros pour laisser entrer dans l’établissement 1,5 kg de cannabis ainsi que des téléphones. Elle écope d’un an de prison ferme.
Une ancienne policière de la PJ de Puteaux a, elle, été condamnée à un an ferme sans aménagement. Elle était poursuivie pour avoir consulté des fichiers de police afin de transmettre au détenu des informations personnelles concernant des surveillants. Le parquet avait requis un bracelet électronique.

Un quatrième agent a été condamné à un an de prison avec sursis. Les trois femmes condamnées à de la prison ferme sont définitivement exclues de la fonction publique.
Le prix d’une faille dans la chaîne pénitentiaire
Le tribunal a été plus sévère que les réquisitions concernant les fonctionnaires, mais moins sévère concernant le détenu poursuivi pour trafic : six ans de prison, contre dix ans requis par le parquet. Les deux surveillantes ont fait appel. Les éléments les concernant doivent donc être considérés avec la prudence imposée par la procédure d’appel.
L’affaire est locale, mais son enseignement dépasse Aiton. Une administration peut multiplier les contrôles, les fichiers, les procédures et les dispositifs de sécurité : elle reste vulnérable lorsque des individus disposant d’un accès privilégié décident de monnayer leur fonction.
Plus l’État concentre de pouvoirs et d’informations entre les mains de ses agents, plus la protection de ces accès devient stratégique. Ici, 3 000 euros auraient suffi, selon les faits reconnus à l’audience, à transformer une fonction de surveillance en point d’entrée pour le trafic.
La sanction pénale rappelle utilement que l’uniforme ne protège pas de la loi. Mais elle pose aussi une question plus profonde : à quoi sert un système de contrôle toujours plus sophistiqué si ses points d’accès restent corruptibles ? La lutte contre le narcotrafic ne se joue donc pas seulement dans les quartiers ou aux frontières. Elle se joue aussi derrière les portes des institutions chargées de le combattre.


